[#20] François-Emeric - "I quit la finance pour co-fonder une startup dans la seconde main"


reconversion professionnelle

J’ai obtenu un Master d’Ingénierie financière à Paris Dauphine. Tous les étés, je faisais des stages en finance. Et en césure, j’ai rejoint un fonds de private equity. Au début, c’était hyper intéressant, ça se passait bien. Mais une fois que j’ai maîtrisé toutes les tâches, j’ai eu l’impression de faire tout le temps la même chose… J’ai ensuite fait un Master Finance à l’Imperial College de Londres.


Mais je maîtrisais déjà une partie des enseignements, du fait de mon expérience passée en private equity. J’ai donc décidé de chercher un travail à temps partiel. J’ai rejoint un hedge fund, où j’ai débuté un CDI dès la fin de mon Master. J’adorais ma vie à Londres. J’étais payé 70 000 pounds par an, hors bonus. Mais au bout de quelques mois, j’ai recommencé à m’ennuyer, et à me poser des questions.

Je ne voulais pas m’enfermer dans ce schéma sans surprise dans lequel tu es Analyst 2 ans, Associate 3 ans, Directeur… J’étais au bureau à 7h du matin, je finissais à 20h. Le rythme était sportif, mais je n’étais pas fatigué. Pourtant, je m’endormais en réunion, parce que je ne me sentais pas assez impliqué… En plus, en hedge fund, tu as beau bosser comme un fou, 70% de ton travail finit dans le vide.

En plus, j’ai du mal à m’impliquer dans un projet qui n’est pas le mien. J’ai toujours su que je ne rejoindrais jamais une énorme boîte pour un produit que je n’ai pas créé ! J’ai fini par perdre toute motivation pour la finance. Je me suis alors dit : “Quel est l'intérêt à ce que je reste?” Puis un jour, alors que j’avais prévu des vacances en famille depuis des semaines et prévenu mon boss très en amont, il me les a annulées au dernier moment…


Et en plein mois d’août, alors qu’il ne se passait rien sur les marchés financiers ! C'était l'élément déclencheur. J’ai démissionné. Puis je suis revenu à Paris, chez mes parents, sans salaire, et sans chômage, vu que je travaillais à Londres. Je suis passé de 6000 euros par mois à zéro. J’ai toujours aimé coder à Dauphine, et j’avais déjà hésité à tenter la Piscine de l’Ecole 42.

Je me suis alors dit : “F***, je me lance”. Pendant 1 mois, on est 300, et on travaille 15 heures par jour, week-end inclus. Beaucoup abandonnent. J’ai été heureux de finir premier, ce qui m’a conforté dans l’idée que j’adorais coder ! Puis un jour, un ami de Dauphine m’a contacté pour l’aider dans son projet de start-up dans la seconde main. L’équipe était composée de trois personnes.

Depuis juin 2020, je suis CTO de cette boîte, Freepry. On développe un logiciel qui permet aux boutiques physiques de prendre part au marché de la seconde main. Aujourd’hui, ce marché est très centré C2C… Côté acheteur, tu n’es jamais sûr de ce que tu recevras. Et côté vendeur, tu es contraint de baisser tes prix à outrance : grâce à Freepry, la boutique te propose un prix juste pour ton produit, et une fois vendu, tu as un bon d’achat.


Et on permet aux boutiques redynamiser leur trafic, et de faire un premier pas dans l'économie circulaire ! On a eu un pop-up à Citadium durant le mois de novembre, tout le monde était super content. On sait que l’idée plaît ! On a 200 boutiques, dans toute la France, et on a la chance d’être incubés par Showroomprivé et par Station F.


On est entre amis, l’ambiance de travail est super. En plus, c’est “ton bébé”, donc tout le monde veut que ça décolle, il n’y a pas de “fantômes” ! Mais bien sûr, c’est une situation incertaine. On prend le risque que ça ne marche pas et qu’on ait “perdu” des mois. Tu dois te manager tout seul, et être capable de t’auto-évaluer. Mais même si tu as des hauts et des bas, c’est toujours hyper stimulant. C’est passionnant comme vie !

A la question : “Est-ce que je regrette d’avoir fait 5 ans d'études 2 ans de carrière en finance pour au final faire quelque chose de totalement différent ?”, ma réponse est : non. Tout apprentissage et toute expérience sont bons à prendre, et le temps qui y est consacré ne devrait jamais justifier un mal-être professionnel. Il n’y a pas de mauvais moment pour se réinventer.