[#34] - Victor "I quit le conseil pour basketteurs pros pour coacher des jeunes en difficulté"


« J’ai étudié le Management du sport dans une École de commerce. Mes parents m’ont toujours poussé à faire ce que j’aime. Puis j’ai trouvé un super boulot, dans un cabinet d’agence sportive qui conseille des basketteur et basketteuses pro. Je me suis occupé de l’admin pendant 8 ans.

Mais au fur et à mesure, mes tâches sont devenues redondantes. J’étais très souvent derrière un écran. C’était confortable sans l’être. Mais tu mets tes états d’âme de côté, et tu te dis : “Je suis bien, je n’ai pas de pression, pourquoi changer ?”.

Puis j’ai rencontré ma compagne. Elle a remarqué que je ne lui parlais pas de mon boulot le soir. Au bout d’un moment, tout manquait cruellement de sens. J’ai décidé de faire un bilan de compétences. Il en est ressorti que je pouvais être coordinateur de projet associatif, ou une personne habilitée à faire passer des bilans de compétences.


Mon idée était de faire passer des bilans de compétences aux sportifs pro de mon agence. J’ai donc suivi une formation en coaching. Mais j’ai réalisé que ce job n’était plus fait pour moi. Le fait d’avoir un boulot “sexy” te conforte dans l’idée qu’il est fait pour toi. Mais si tu es honnête, tu te rends compte que tu ne vibres pas, que tu n’es plus là. Quitter un boulot après 8 ans, c’est un peu comme quitter une vieille peau que tu as sur toi.

Ton égo te retient, tu te dis : “Tu n’auras plus tel et tel avantage… Tu peux aller regarder des matchs de basket tout le temps, on ne te prend pas la tête...”. Ce sont des détails, qui te font pourtant oublier ton quotidien monotone. J’ai quitté ma boîte en mars 2019. Et là, c’était compliqué. Je ne savais pas où aller. J’ai alors décidé d’accepter le vide qui arrivait, de prendre le temps. De me lever le matin sans savoir ce que je pourrais ou voudrais faire.

Je suis allée dans la résidence secondaire de mes parents vers Limoges. Et le hasard m’a fait rencontré une fille qui cherchait un coach pour les séjours REMOB’. Ma candidature a été retenue ! Pendant une semaine (trois fois par an), on accueille des 16-25 ans se posant des questions d’orientation : il y a du coaching, de l’équitation, des acrobaties… On fait plein d’activités. Et surtout, on rigole !


Les jeunes réfléchissent à qui ils sont, comment ils interagissent avec les autres. Ils viennent de partout : il y a des jeunes en situation de handicap, des demandeurs d’asile, certains sont diplômés, d’autres non… Et nous, on les guide. Les résultats sont bluffants. En dehors de ces séjours, on organise des sorties mensuelles pour maintenir le lien entre eux.

Notre ambition, c’est d’être l’étincelle qui leur permet de basculer sur des projets ou des démarches qu’ils repoussaient depuis longtemps : le permis, se réinscrire aux études, déposer son CV quelque part… On a des jeunes qui ont passé le Bac alors qu’ils étaient déscolarisés ! A l’été 2019, j’ai fait un tour de France à vélo avec ma compagne. On a pédalé pendant trois mois, et on a réalisé pas mal de choses.

L’avantage du vélo, c’est que tu rencontres des gens, tu laisses des choses derrière toi… Pédaler, c’était comme avancer. J’en avais besoin. Quand on est revenus, on a décidé de quitter Paris et partir vivre en Limousin, vers Limoges. Et concernant REMOB’, on bosse sur un nouveau site internet, on a des idées de partenariats, le projet est viable. Aujourd’hui, j’ai un projet qui me ressemble. J’ai des contraintes, mais au moins, je les ai choisies.


En faisant le pari de l’incertitude, j’ai pu me connecter à des choses bien plus profondes et essentielles. J’ai aussi perdu des amis, mais j’ai découvert de nouvelles facettes de ma personnalité, j’en ai abandonné certaines... Mais il faut d’abord se confronter au vide, accepter d’être paumé. C’est une super étape : “Ok, je suis perdu, j’accueille ce vide et j’en fais quoi ?»