[#35] Sixtine - "I quit une carrière dans le luxe pour devenir prof de yoga"


reconversion professionnelle

« J’ai fait une École de commerce à Bordeaux, puis un stage de

fin d’études dans le Luxe, chez Cartier. Par la suite, j’ai enchaîné des CDD sur différents postes, toujours chez Cartier, car il n’y avait jamais d'opportunités de CDI. J’ai d’abord été Chef de projet dans l’équipe Store Design Planning, qui gère l’ouverture des boutiques, des plans au suivi de chantier à l’ouverture finale.


J’ai ensuite fait le même métier chez Cartier Parfums, avant de revenir dans la même équipe. Mais après le troisième CDD de remplacement de congé mat, il n’y avait plus rien pour moi. J’étais assez déçue, je serais bien restée. J’ai alors rejoint Lancel pour faire du Visuel Merchandising. Je gérais la production et l’installation des décors des vitrines. C’était de la gestion de projet, avec une partie design et création.

Je trouvais le job très cool, mais l’équipe beaucoup moins. J’avais une boule au ventre en arrivant au travail, je croulais sous les missions et personne ne pouvait m’aider. J’arrivais 1 h 30 avant tout le monde et je repartais 1 h 30 après tout le monde… En parallèle, je faisais du yoga, depuis des années. Cette pratique m’a toujours suivi. J’avais ce rêve de faire une retraite et de devenir prof. Je m’étais toujours dit : “Si je pète un plomb, je fais ça”.

A cette époque, j’avais 25 ans, et sur le plan perso, je commençais aussi à me poser pleins de questions sur moi. J’ai alors rompu mon CDD. Pendant 4 mois, j’ai réfléchi à ce que je voulais vraiment faire, et à la question du sens au travail. J’ai réalisé que mon job était sympa, et surtout joli sur le papier, mais je ne me sentais pas utile dans ce que je faisais.


J’ai eu ce besoin de faire un métier utile pour les autres, et dans lequel je puisse m’épanouir personnellement. Cela faisait un moment que l’idée de partir en Inde faire une formation pour devenir prof de yoga me trottait dans la tête. J’ai donc sauté le pas, et fait 1 mois de formation hyper intensive à Goa, le berceau du yoga. J’étais déjà allée en Inde, donc je n’ai pas eu de choc culturel énorme.


Dans le quotidien de la formation, j’étais loin de mon portable. Je l’utilisais 1 à 2 fois par semaine max. J’étais dans une bulle, coupée des infos du monde, coupée de mes proches. J’étais avec des gens qui venaient des quatre coins du monde. On venait tous pour la même chose, tout le monde s’entendait bien, les gens étaient gentils et ouverts d’esprit. Je me suis sentie pleinement moi-même, personne ne me jugeait.

Je me levais à 7h, on avait 30 minutes de méditation, et on enchaînait sur 1 heure 30 de pratique. Ensuite, on avait un petit déj. Puis on avait 2 heures de théorie (histoire du yoga, anatomie, “asana clinique” où on apprenait à enseigner les positions avec les bons alignements). L’après-midi, on avait 2 heures de théorie et 1 heure 30 de pratique. La seule pause de la semaine était le dimanche après-midi.

Psychologiquement, c’était très intense. Tu vas chercher au plus profond de toi même. Ca fait ressortir beaucoup de choses. Et physiquement aussi, parce qu’on faisait 3 heures de yoga par jour ! Je suis revenue à Paris et je me suis dit que j’avais envie de commencer à enseigner le plus tôt possible. Mais Paris ne m’allait plus. Je suis donc retournée à Bordeaux, où j’ai commencé à enseigner à domicile, à des groupes de 10 personnes max.


J’ai tellement aimé ça, et les retours des élèves étaient si positifs, que je suis revenue à Paris faire l'École Française de Yoga et avoir un bagage solide d’enseignant. Je suis en 3ème année sur 4 ans. En parallèle, je continue à enseigner, principalement en entreprises où je trouve qu’il y a une vraie utilité : la pratique du yoga peut aider les salariés stressés à mieux gérer la pression au travail !


Après c’est un challenge quotidien de développer ma marque Made in Yoga. Jusqu’ici, le bouche à oreille a plutôt bien fonctionné. Aujourd’hui, si je veux me faire connaître davantage et mieux gagner ma vie, je dois porter ma marque et gagner en visibilité. Quand j’étais dans le Luxe, j’en avais marre d’avoir toute cette hiérarchie au-dessus de moi. J’ai tellement gagné en liberté ! »