[#36] Edouard - "I quit l’Université Paris Dauphine pour devenir acteur"


reconversion professionnelle

« J’ai grandi dans le Sud. Ma prof de Français m’a poussé à m’inscrire au théâtre. Dans mon école, il y avait chaque année un festival de théâtre scolaire qui rassemblait des jeunes serbes, russes, tunisiens, marocains... J’avais beau être un très bon élève de Terminale S que tout prédestinait à de longues études, je préférais le théâtre de loin. C’est vite devenu ma passion.


A la fin du lycée, ma prof m’a dit de tenter la Classe Libre du Cours Florent. Si tu réussis, tu rentres 2 ans dans une classe gratuite. Tu as des stages hyper intéressants avec de supers acteurs et des metteurs en scène... J’ai tenté le concours en Terminale, mais je ne l’ai pas eu.

Je suis donc allé à Dauphine. Ca n’était pas du tout ma priorité. Mais aller à la fac me permettait d’avoir la bourse qui me permettait de m’en sortir. Toute l’année, j’allais à Dauphine la journée, et au Cours Florent trois soirs par semaine, jusqu’à 22h30. J’aimais beaucoup le système de la fac. Socialement, on est tous mélangés, et j’étais impressionné par les profs passionnés.

J’ai repassé la Classe Libre, mais je l’ai ratée à pas grand chose. J’ai toujours su que je ne pourrais pas lâcher le théâtre, que je ne pourrais pas faire un métier “classique” post-École de commerce. Je me serais jeté par la fenêtre ! J’aurais renoncé à mon rêve, alors qu’en tant qu’artiste, je pouvais me construire.


Et là, j’ai eu un déclic. Je me suis dit : “Si je veux prendre le virage, je dois arrêter Dauphine.” J’avais un engagement moyen dans les deux, ça n'avait pas de sens. J’ai quitté Dauphine à la fin de la première année. Et là, je me suis mis à fond dans ma formation d'acteur. J’ai doublé mon nombre d’heures au Cours Florent. Tous les cours que je pouvais prendre, je les prenais !


Je vivais dans 8m carrés. Donc je devais répéter dans des couloirs, dans des garages…. Je travaillais énormément, mais j’étais joyeux, jamais fatigué. J’ai re-tenté la Classe libre, mais je l’ai à nouveau ratée. En troisième année, il y avait beaucoup de hauts et de bas. On était tous dans la course au Conservatoire National d’Art Dramatique (30 places sur 1500 candidatures)...

J’ai raté le Conservatoire mais... deux mois après, j’ai eu la Classe Libre (20 places sur 2000 candidatures) ! Je suis donc parti pour 2 ans avec une nouvelle promo. Tu es encore plus poussé. Tu n’as plus de vie. Tu peux finir à 2h du mat, expérimenter plein de trucs... Tu es dans une liberté complètement folle et unique. Tu galères, tu construis tes propres décors, tu te débrouilles.

J’ai fait le festival d’Avignon plusieurs fois. J’ai aussi fait partie du casting de Skam France, j’avais un rôle récurrent sur plusieurs saisons. Il y a eu une explosion planétaire ! En Corée, en Russie… Tous les mois, on se avait une projection dans un ciné des Champs-Elysées, on signait des autographes, on prenait des photos avec les fans... Mais en tant qu’artiste, ça n’est pas parce que tu fais ce que tu aimes que tu n’es pas angoissé.

Tu as des attentes, des rêves, mais tu passes parfois des castings pour des trucs que tu n’aimes pas. Mais au moins, tu es au bon endroit. J’aime beaucoup fabriquer des choses moi même. J’appartiens à un collectif en Bretagne, La Capsule. On est 20, on a mutualisé nos forces pour nous rendre plus visibles. J’ai aussi une compagnie en Normandie, Les Sans Roi, au sein de laquelle je mets en scène et je joue.

Et depuis 2019, on a construit un plateau de théâtre et ouvert un lieu de résidence artistique dans une ferme en Bourgogne, La Maison des Arts de la Bazine. On fait un festival en juin et on rencontre pleins d’artistes. Aujourd’hui, 80% de mon travail, c’est du bénévolat. Mais j’adore “galérer” pour créer une voie qui me ressemble. Acteur, ça n’est pas un métier. C’est un choix de vie. »