[#38] Mehdi - "I quit une carrière en audit au sein d’un Big 4 pour devenir disquaire au Maroc"


reconversion professionnelle

« J’ai fait une prépa HEC. J’ai été dans le leurre classique de “vous êtes les meilleurs”. Aujourd’hui, je n’en pense pas un mot. J’ai eu une formation d’expert comptable, et j’ai fait un master CCA pour être commissaire aux comptes et évoluer dans le monde des Big 4. J’étais très porté sur une vision matérielle du monde, j’ai demandé les métiers qui paient bien.


J’ai fini chez Deloitte en grands comptes, audit-conseil banque & assurance. Je faisais du déploiement de dispositifs de contrôle sur des systèmes d’informations au sein desquels des millions d‘infos étaient intégrées. C’est toute une gymnastique… Très agréable !

Mais c’était des structures qui sont la représentation même du système néo-libéral, basées sur la validation de la valeur actionnariale... Je prenais le métro tous les jours. Un jour, je me suis dit : “Je suis sur ce quai 47 semaines sur 52.” J’ai eu un sentiment d’enfermement horrible. Je pouvais dire ce que serait mon planning des mois plus tard...

Je suis très pragmatique. Je ne prends pas de risques inutiles. Mais un événement majeur a initié ma réflexion et mes moves. Je me suis dit : “En tant que financier, j’ai 3000 euros à moins de 30 ans. A la fin de ma vie, je peux prétendre à être autour des 10 000. J’ai une maison, une voiture etc. Mais dans tout ça… quelle est ma capacité d’épargne ?”.


Je l’ai estimée à 1 million d’euros. Pour un engagement de dizaines d’heures par semaines tout une vie… c’est peu. J’ai estimé mes capitaux : social, santé, et bonheur. Plus j’agissais sur mon capital financier, plus mon capital bonheur diminuait. Je suis rentré au Maroc, j’ai travaillé 6 mois, en audit assurance à Casablanca. Mais cette période a achevé de me montrer que ça n’était pas ce que je voulais faire de ma vie !

En parallèle, notre moyen de délivrance avec mon groupe de potes, c’étai la musique. On avait tous nos platines à la maison, et on se retrouvait le soir pour passer des disques et se détendre. Il y a une émotion quand tu découvres une musique, qui dépasse beaucoup d’émotions. Du coup, ça m’a semblé comme une évidence : en avril 2019, j’ai ouvert une boutique de disques au Maroc, People’s Choice Records !

On a également ouvert l’espace café audiophile et restaurant en 2020. On a une approche de disquaires indépendants. Toute la musique qu’on propose, c’est la transposition de nos collections personnelles. On est orientés Black music (house, US, house, latino, africaine, funk, disco). C’est ce qu’on joue aussi en tant que collectif.


On partage tous des disques communs, on a des liens, on se complète mutuellement sur des volets. Notre but, c’est de monter un festival à Casablanca. J’en avais marre de gagner de l’argent simplement pour payer les conséquences de mon stress. Quand j’étais Manager, j’avais un Junior et… il m’a dépassé en cheveux blancs !

J’ai bossé 8 ans. Mais j’ai l’impression que c’était 1 an, vu que je faisais tout le temps la même chose. Tu te prends 3 semaines de vacances par an, tu te fais un festival, en Croatie, ou ailleurs… et tu reviens bosser 1 an.

Dans ces boîtes type Big 4, la majorité y trouve son compte : appât du gain, vision court termiste de leur réalité (acheter une maison, une voiture, boire un verre…). Mais moi, j’ai eu beaucoup de mal émotionnellement à évoluer dans ce genre de milieu. C’est un rouleau compresseur de la créativité. »