[#46] Marcouf - "I quit la vie de bureau pour fabriquer des planches en bois"


reconversion professionnelle

« Mes parents ont vécu en Tunisie, au Sénégal, au Mozambique, et au Zimbabwe. Enfant, je faisais 6 mois en France et 6 mois au Zimbabwe.A 11 ans, je suis revenu en Normandie. J’étais en classe “élite”, mais j’étais un cancre. Quand tout le monde est parti en école d’Ingé ou de Commerce, moi j’ai fait une mise à niveau d’Arts appliqués. Je voulais devenir Architecte. Mais j’ai arrêté, ça ne me correspondait pas.


J’ai rejoint une Fac de Physique- Mécanique-Électronique. Ca se passait bien, mais ça ne me plaisait pas. Je décide d’aller en École de commerce. Je suis président du BDE, je ne fous pas grand chose du coup… je suis viré. Je rejoins l’IPAG. J’intègre un parcours Finance, et je fais deux stages. Je pensais qu’avec la Finance, je ne me fermais aucune porte. Mais j’avais surtout cette envie d’être le meilleur… sans vraiment comprendre pourquoi.

Je devais faire mon stage de fin d’études chez Lazare, et 10 jours avant, j’ai annulé. Je ne voulais pas être surexploité pendant 4 ans ! Un pote créait une boîte dans le café, Kawa Coffee, et je les ai rejoints. On faisait des volumes énormes. Mais un jour, je suis parti. Je ne m’épanouissais plus. J’ai intégré Charp, une boîte dans la Big data et la Tech. J’ai fini Directeur des opérations. Ca me plaisait pas mal. Mais il y avait quelque chose qui n’allait pas.

Au bout d’1 an, j’ai rejoint Happydemics. J’allais devenir COO, avant une levée de fond de plusieurs millions. Mais ils ne voulaient pas que je rencontre mes équipes : j’ai fini par découvrir que c’était parce que sept personnes démissionnaient ! Au bout de 3 mois, je suis parti. J’avais 28 ans, et pour moi, c’était un échec total : “T’as voulu aller vite, mais en fait t’es pas meilleur que les autres”. J’avais des pensées assez noires...


Je partais aux US pour 2 semaines à un mariage. Je me suis dit : “Je vais rester essayer de trouver un job là-bas”. J’ai rencontré une dizaine de licornes françaises à San Francisco. Ils me proposaient des jobs très cool, mais avec des salaires misérables. Les startups, ça te vend du rêve, pleins de paillettes, mais au final, si la bouffe est gratuite, c’est pour que tu restes et que tu bosses. Ils cherchent la surproductivité.

Au final, j’ai eu un RDV avec Redbull pour diriger les opérations IT. J’ai eu le job : voyages dans tout le nord de l’Amérique ! En plus, ma passion, c’est les sports extrêmes. Mais Trump est arrivé… Et adieu mon visa de travail. Eté 2019 : je réfléchis, je roule, je surf, je fais du kite. Un pote aux US a acheté un bateau. Il m’a proposé de retaper le bateau ensemble pendant 6 jours et de faire une croisière. On a navigué 1 mois dans les Caraïbes.

Je rentre en Novembre 2019 à Paris. Je n’arrivais pas à faire mon CV. J’étais super mal. Pour passer le temps, je faisais mille choses. Si je réfléchissais, j’étais pas bien. Je me levais pas le matin, je faisais beaucoup la fête. Je rejoint un pote qui a monté une boîte qui fait des biscuits sucrés haut de gamme. Il vendait à l’hôtellerie-restauration. Ca marche, je choppe de gros contrats. Je n’aime pas trop ça, mais au moins je m’occupe.


Et là, le confinement : l’hôtellerie-restauration, c’est fini. Je pars en Normandie chez ma mère. J’ai un déclic incroyable : je ne fais rien, mais je n’ai aucune culpabilité. J’ai sorti ma bucket list : faire le tour du monde à la voile, surfer à Tahiti, apprendre le Portugais… Et il y avait : construire une planche de surf en bois. C’était le moment ! Tous les matins, je me levais à 7h pour la fabriquer. Je me suis dit : “Je n’ai rien à faire dans un bureau !”.


Un autre élément de ma liste, c’était : faire toute la côte française à pied. A l’été 2020, je me suis lancé. Je dormais chez l’habitant, ou faisais du camping sauvage. J’étais en transition, j’avais besoin de réfléchir. Tu es seul… et donc obligé de faire face à tes démons. Avec cette marche, j’ai compris tout l’intérêt d’un pèlerinage. Tout le monde devrait faire au moins un dans sa vie ! Aujourd’hui, j’ai quitté Paris, et j’habite au bord de la mer...

Je viens de finir un stage chez un homme qui vit à côté de chez moi et fabrique des planches en bois : on va sûrement s’associer ! Dans ma vie, j’ai eu 1000 projets, et j’en n’ai jamais lancé aucun, parce que j’avais peur de rater (ou de réussir...). J’étais dans un truc carriériste, pour gagner en reconnaissance. Je ne le faisais pas pour moi. Tout le reste de ma vie, je veux le faire pour moi. Et je veux suivre mes valeurs : la justice sociale, la planète… et l’humain. »