[#48] Thibault & Charles - "We quit une carrière prédéfinie pour produire des boissons aux fruits"


« [THIBAULT] : Je suis fils d’agriculteur, passionné par le terroir et le monde agricole. Charles et moi avons fait la même école, l’IHEDREA (droit rural et d'économie agricole). J’ai fait une alternance dans l’événementiel, chez Eurydice. Mais j’étais frustré d’être une pièce parmi d’autres. J’ai ensuite fait une alternance en startup, Alkemics, une plateforme qui connecte des industriels avec des distributeurs. J’ai adoré l’ambiance startup !


[CHARLES] : Je viens d’une famille agricole depuis sept générations. Ca t’inculque cette envie d’entreprendre, de te gérer. Lors de ma première alternance, j’étais chez InVivo, un mastodonte de l’agroalimentaire, en Marketing. J’ai eu du mal avec le fait d’être un numéro. J’ai fait ma deuxième alternance, chez La Martiniquaise (vins et spiritueux), au service commercial. C’était bien plus concret, j’observais directement mes résultats. A l’IHEDREA, on a participé à un concours intra-scolaire avec Thibault, dans l’entreprenariat agro-alimentaire. Etant co-présidents du BDE en parallèle, on a réalisé que pas mal de gens n’aimaient pas la bière. Et pourtant, sur le marché des boissons faiblement alcoolisées et faciles à boire, il existe peu d’alternatives à part le cidre... Du coup, on a décidé de créer une alternative à la bière ! On a développé notre projet pendant 1 an, puis on l’a présenté à un jury composé de chefs d’entreprises, et de responsables banquiers...et on a remporté le concours !

[THIBAULT] : Au début, tu te cherches. Rejoindre un incubateur nous a permis de rencontrer un écosystème de gens d’expérience qui nous ont aidés à consolider notre projet, à passer du scolaire à quelque chose de viable. On a fait beaucoup de démarchage, de tests… Et on a essuyé beaucoup d’échecs avant de trouver le bon fruit : la mirabelle. Mi-2019, on a trouvé notre premier partenaire, en Lorraine. Mais malgré cette victoire, on avait beaucoup de frais, sans pourtant créer quoi que soit. On a donc décidé de retourner en Master spécialisé, le temps que la recette soit finalisée.

[CHARLES] : Je suis parti à Bordeaux, à Kedge, en Master Spécialisé en vins et spiritueux, en alternance au sein de la Distillerie de la Tour, un producteur de vins et alcools.

[THIBAULT] : Et moi, je suis parti à AgroParis Tech, en Master Spécialisé en Innovation en agro-activité. J’ai fait un stage de 6 mois dans une startup, les boissons Mé-Mé, qui fabrique du thé glacé bio à base de sève d’arbre. On a terminé nos Masters fin 2020. Après 1 an et demie d’essais, notre recette était enfin finalisée. On a financé les premiers échantillons grâce à du crowdfunding, et on a pu tester notre produit sur le marché.

[CHARLES] : On a produit 15 000 bouteilles, qu’on a écoulées en 4 mois alors qu’on pensait que ça en prendrait 6 ! On a une trentaine de points de vente, à Reims, et en Ile-de-France. On a même des demandes dans le Sud. On fait de la vente en ligne sur notre site, on a des points de retrait à Reims et Provins. Jusqu’ici on faisait les livraisons en voiture, et depuis avril 2021 on a investi dans deux camionnettes !

[THIBAULT] : Quand on parle de l’entreprenariat à nos amis, ils ne voient que le bon, ce qui est sur les réseaux ou dans la presse.


[CHARLES] : Mais la réalité du terrain, c’est trois mauvaises nouvelles pour une bonne... Tu penses tout le temps au projet, et culpabilises sinon. C’est un stress variable, mais continu.

[THIBAULT] : Et il y a l’insécurité, surtout au début, les parents qui disent : “Oh la la il ne faut pas investir autant !”.

[CHARLES] : On commercialisera une nouvelle boisson (cerise griotte ou quetsche). On veut valoriser les filières locales, et les fruits un peu “oubliés”...

[THIBAULT] : On est tellement amoureux de ce qu’on fait que se retrouver dans un poste où tu as des horaires, des objectifs qui ne sont pas les tiens… ça serait très décevant pour nous.

[CHARLES] : Parfois, on se dit : « Je retournerais bien en sécurité, je m’assurerais bien un cadre de vie, une visibilité 2,3 ans ». Mais cette liberté, même si elle implique des contraintes, est avantageuse et nous permet de nous valoriser. Ca n’a pas de prix ! »