[#52] Julien - "I quit la Direction de la communication de BPI France pour devenir ébéniste"


reconversion professionnelle

« Après le Bac, les chiffres me plaisaient bien. Du coup, je suis parti en DUT de Gestion, puis en IUT Banque-Assurance. Puis je me suis posé la question bête : “Qu’est-ce qui paye ?”. Et j’ai rejoint la Société Générale en tant que Chargé d’affaires professionnelles. Je rencontrais des entrepreneurs passionnés. Ca m’a vite fait comprendre qu’être un matricule, ça n’était pas mon truc…

Très tôt, je me suis demandé : “Mais pourquoi je fais ça en fait...?”. Après la Société Générale, j’ai intégré BPI France. J’y ai passé 14 années magnifiques ! C’est une boîte de dingue, peuplée de gens incroyables, motivés... En plus, je suis arrivé quand BPI décollait pour devenir le “bras armé” de l’Etat pour les plans de relance, notamment. C’était passionnant.

J'ai démarré en tant que Chargé d’affaire, puis je suis devenu Responsable d’un service crédit-bail-matériel, j’ai créé une Délégation de financement court terme à Lille, je suis parti à Paris en financement long terme, et j’ai fini à la Communication pendant 4 ans. J’adorais mon job ! On gérait la communauté BPI “France Excellence”, qui regroupait les 3000 “meilleurs” chefs d’entreprises clientes.


Chaque année, on faisait une soixantaine d’événements de coaching d’entreprises dans toute la France. Mais au bout d’un moment, j’ai voulu faire autre chose. Ca me travaillait depuis longtemps… mais j’avais peur. Je sentais qu’il fallait que je quitte BPI, car sinon je n’arriverais jamais à entreprendre. J’aurais pu passer toute ma carrière là-bas : c’était comme une deuxième famille pour moi !


J’ai rejoint le réseau “Entreprendre”, une asso qui réunit des chefs d’entreprises qui accompagnent des entrepreneurs. Et après 1 an, je me suis fait débaucher par un des membres du réseau pour rejoindre une startup de prise de rendez-vous en ligne. Je suis parti tête baissée… mais la levée de fonds a planté. Du coup, les trois cadres embauchés ont tous été licenciés en période d’essai… et j’en faisais partie...

40 ans, plus de travail, alors que j’avais toujours bien gagné ma vie. Tu penses que ça n’arrive qu’aux autres… Je me suis dit : “C’est peut-être un signe que la vie t’envoie”. Et j’ai décidé d’enfin me lancer. Très vite, l’artisanat est arrivé dans mon esprit. Je voulais créer quelque chose dont je sois fier, et dont les gens soient fiers. En parallèle, j’avais rénové pas mal d’apparts. Et quand je faisais ça, je ne voyais pas le temps passer.

Du coup, j’hésitais entre le métal et le bois. Mais c’est dans les ateliers de bois que je me sentais le mieux : j’adorais les odeurs, les couleurs… J’ai passé un CAP ébénisterie à “La Bonne Graine”, l’Ecole d’ameublement de Paris. Toute l’année, j’étais en stage une semaine sur deux. J’avais la main dans les copeaux : j’ai adoré ! J’étais sûr d’être dans la bonne voie. J’ai créé un compte Insta, @jal_atelier, et dès la fin de ma formation, j’ai lancé ma boîte.


Mes followers Insta, qui étaient aussi mes premiers soutiens, ont été mes premiers clients ! Je fais des meubles, des parquets hauts de gamme (massifs, avec finitions), des agencements, des plans de travail, de petites créations sur demande... Avec ma compagne, on a changé de vie totalement. Aujourd’hui, on habite dans le Morbihan, en pleine campagne. On a fait un gîte, et moi, j’ai intégré un atelier partagé avec trois autres artisans.

Si tu as des bonnes notes on t’envoie en filière classique, et sinon, en filière professionnelle. Du coup, inconsciemment, je pensais : “C’est dévalorisant”. Mais à 40 ans, tout ça tu t’en contrefous ! D’ailleurs, dans “artisans”, il y a “art”. Tous les gens que je rencontre me changent tellement des gens que je rencontrais avant ! Il y a beaucoup moins d’argent en jeu, les relations sont désintéressées.

Pendant 20 ans, tout se passait bien. J’adorais mon métier, ma vie. Pourtant, il y avait un truc qui clochait. Je me disais : “J’en ai marre, cette éternelle insatisfaction, il y a des gens qui galèrent, pourquoi je n’arrive pas à être accompli ?”. Mais quand on prend plaisir à faire les choses, on est surpris par soi-même. Tu vas plus vite, tu travailles mieux. Comme c’est un plaisir, c’est plus un labeur. Tout est plus fluide. »