[#60] Victor - "I quit une dizaine de jobs avant d’ouvrir mon atelier de réparation de vélos"


reconversion professionnelle

« En 2008, j’ai fait une licence d’Economie Gestion à Lyon. J’ai beaucoup aimé. Puis j’ai passé le concours de l’EM Lyon, mais je l’ai raté. Je n’ai pas compris pourquoi… et j’ai décidé de partir voyager. J’ai passé 5 mois à Londres. J’ai travaillé dans une auberge de jeunesse, puis dans un bar. Je faisais le ménage. Mais un jour, je me suis dit que c’était dommage d’avoir fait 3 ans de Licence pour faire ça.


Du coup, je suis revenu, et j’ai intégré une Ecole de commerce à Marseille. J’étais heureux, car j’adorais la ville et le climat. Mais j’ai détesté le côté élitiste et “fils à papa”, alors que ces étudiants ne sont pour la plupart pas des créateurs, ni même des entrepreneurs, mais des répliques sociales… Et j’aimais de moins en moins ce que je faisais. En Master, je prenais de plus en plus des cours sans aucun rapport : philo, science des religions…

Pendant l’Ecole, j’ai fait plusieurs stages. A chaque fois, les mêmes questionnements sur l’absence de sens, doublés d’insomnies, de crises d’angoisse... Pendant un de ces stages, on envoyait des box de fromage. Je me suis dit : “Tout ce que les gens diplômés de mon âge détestent faire, j’adore : me lever à 5h du mat, couper du fromage pendant 14h, debout, dans un entrepôt… Tout sauf faire des slides… même dans la Tour Montparnasse !

Pendant mes études, j’ai vécu au Mexique 4 mois, puis 3 mois à San Francisco. J’ai fini par la Corée du Sud, en échange. Je n’en pouvais plus, je ne m’imaginais vraiment pas dans ce monde “post Ecole de commerce”. En 2016, je suis allé à Berlin, j’ai rejoint une boîte que j’ai quittée au bout de 9 semaines, puis une autre boîte… J’étais Chef de projet, Supply Chain Manager… Tu es bien payé, mais humainement et existentiellement, c’est vide.


Et là, ça a commencé à se corser. Je commençais à sombrer mentalement. J’étais paumé, et je n’arrivais pas à expliquer à mes potes ma détresse. Je leur disais : “Je déteste ma vie, comment vous faites ?”. On me répondait “Tu gagnes 32k, tu fais la fête, de quoi tu te plains ?”. Je suis parti de Berlin, revenu, puis reparti pour de bon. Et là je suis rentré chez mes parents, à Lyon. A ce stade, j’avais dû démissionner une dizaine de fois.


J’ai commencé à m’intéresser à la spiritualité, au bouddhisme… J’ai essayé professionnellement la dedans, ça ne s’est pas fait. Du coup, j’ai décidé de préparer le CAPES pendant un an et demie… mais j’ai jamais pu passer le concours oral, à cause du Covid. J’ai été embauché en tant que prof d’anglais dans une Ecole primaire. Mais ma boule au ventre est réapparue, et j’ai démissionné 3h après !

Et trois jours après, j’ai eu mon déclic. Lors de mes nombreux voyages, je suis devenu très minimaliste : tout ce dont j’avais besoin, c’était un café, un jus d’orange, et un vélo. Donc j’ai ouvert atelier de réparation de vélos ! En plus, on a besoin d’un rebond du vélo. J’ai fait une formation pour apprendre la mécanique, et un stage… dont le premier jour de stage est passé très vite, pour la première fois depuis mes 21 ans !

J’ai transformé un local en un atelier top : il y a de la musique, des plantes… Ca fait 4 mois que j’ai ouvert, et pour la première fois depuis des années, je me dis d’un job que je vais le faire toute ma vie. J’ai 150 clients, et j’ai atteint mon objectif de C.A. en 3 mois. Je n’ai pas d’horaires, je bosse jusqu’à 23h, parfois je ne bosse pas… Et surtout, je rends service à des gens qui ont besoin de se déplacer en vélo. Je m’éclate ! En plus, la mécanique me canalise.


J’adore m’occuper de tout : je suis à la fois mécanicien, financier, comptable, logo, nettoyage. Je ne veux pas que ça change ! L’idée n’est pas de croître. Je veux juste payer mes sorties, et continuer mes questionnements. Je ne suis pas vendeur : je suis gérant à 20%, et artisan à 80%. Avant, quand tu me mettais sur une tâche pendant 8 heures, je vrillais. Aujourd’hui, j’en fais 60 en 3 heures… et je m’éclate !

La “vie de bureau” n’existe que depuis les années 90. Pourtant, aujourd’hui, on se consacre à un monde professionnel totalement virtuel. On n’a pas de contact, on n’est pas sur le terrain. Et ça nous bousille le cerveau. Mais ça touche déjà à une fin, puisque l’élite est en train de rejeter ce système. Cette “vie de bureau”, j’ai une immense défiance envers elle : à vrai dire, je lui donne 10 ou 20 ans ! »