[#67] Anaëlle - "I quit mon job de formatrice auprès des jeunes pour devenir éco-aventurière"


« J’ai fait une licence de Psycho à l’Université de Tours. Je voulais en apprendre plus sur l’être humain. J’ai réalisé à quel point on était déconnectés de notre essence animale, donc j’ai fait un Master d’Éthologie (comportements des espèces animales) à l’Université de Rennes. J’ai réalisé l’interconnexion entre toutes les espèces et à quel point on détruit l’écosystème animal. Je me suis concentrée sur un secteur très polluant : le tourisme.


Puis j’ai fait une Licence pro Tourisme et économie sociale et solidaire en vue de faire de la gestion de projets solidaires autour du développement durable. J’ai eu envie de transmettre mon envie d’agir, mon engagement citoyen. J’ai rejoint une équipe qui développait le volontariat auprès des jeunes via un service civique de quelques mois auprès d’une asso, destiné aux jeunes de 16 à 25 ans.

Je faisais des formations. Mais au lieu de dire ce qu’il fallait faire, j’ai eu envie d’incarner quelque chose. J’avais envie d’être plus au contact de la nature que je souhaitais défendre. Un jour, dans un cinéma, j’ai vu le docu “Le grand Saphir”, de Jérémie Stadler. C’est le portrait de plusieurs personnes qui ont agit face à la pollution plastique en Méditerranée en organisant des aventures.

Pendant le visionnage, j’étais révoltée par l’omniprésence du plastique, et reconnaissante de l’engagement des activistes qui vont au bout de leurs convictions. En 2019, j’ai quitté mon job et créé le Projet Azur : des aventures au service de l’environnement. A l’été 2020, j’ai lancé le projet : j’ai fait la Méditerranée en vélo et en kayak et organisé des ramassages de déchets. On s’est connectés avec la presse, avec une vingtaine d’institutions et plus de 50 assos.


Je naviguais ou pédalais solo du lundi au vendredi. J’ai fait 1000 km de côte, à vélo puis en kayak, durant 4 mois. Le vendredi, j’étais reçue par un relais local pour parler de leurs enjeux environnementaux. Et le dimanche, on ramassait les déchets avec les locaux, mais aussi avec des touristes ! Aidés par plus de 700 personnes, on a ramassé 3,5 tonnes de déchets. Et pourtant, c’était l’été, donc plus “propre”...


Tout le plastique jeté à terre dans les pays limitrophes de la Mer Méditerranée, avec le vent et les écoulements, finit dans une rivière, puis un fleuve, puis la mer. Et vu qu’elle est fermée, elle reçoit 1,2 tonne de déchets par minute ! Elle représente 1% des eaux du Globe et renferme 7% du plastique mondial. Elle avait beaucoup plus de faune et de flore avant... J’ai été ravie de la mobilisation autour du Projet Azur. Beaucoup de gens étaient concernés !

La production de plastique a augmenté de 250% pendant le Covid (on sur-emballe tout avec du plastique pour protéger du virus, ce qui ne marche pourtant que rarement). Le modèle est pourri, vieux, ne marche plus. On fabrique plus de plastique qu’on en recycle. Ca n’a pas de sens. Mais je ne supporte pas l’éco-anxiété. J’ai envie de dire à nos dirigeants : “Prenez vos responsabilités, et rebattez les cartes !”

Après le Projet Azur, on a monté une conférence théâtralisée. On a bien travaillé

durant tout l’hiver 2020, et aujourd’hui, je fais des conférences partout en France ! Par ailleurs, on a reçu pas mal de témoignages de jeunes femmes qui voulaient se lancer dans des aventures. Aujourd’hui, le Projet Azur 2021 a été repris par un collectif d’aventurières. En parallèle, on a remarqué l'importance de l’enjeu de la pollution dans les fleuves.


Du coup, je suis partie à l’été 2021 sur le Parcours Loire : 4,5 mois à pied, en kayak et à vélo, dont 2,5 mois de descente sur la Loire. Sur 1200 km, j’ai retracé le trajet d’une bouteille plastique qui aurait été jetée depuis la source de la Loire. Il y a eu 11 collectes de déchets, au cours desquelles on a ramassé environ 850kg. Cette aventure a été davantage consacrée sur le passage de savoir d’une collectivité à une autre.

La Loire a beau être un seul et même fleuve, il y a beaucoup particularités écologiques (montagne, plaine, estuaires…), et ça manque de communication entre l’amont et l’aval. Mes rencontres avec les militants et élus permettaient donc de transmettre le savoir accumulé. Etre éco-aventurière n’est pas un emploi classique. Mais le soutien qu’on reçoit nous motive. On le fait pour la nature, pour nous et pour nos enfants ! »