[#68] Wilfried - "I quit le luxe pour créer Sesame, l’app qui réinvente la pause déjeuner"


« J’ai fait un IUT à Paris Descartes, et une alternance de 2 ans au sein du Crédit Agricole. La moyenne d’âge était assez élevée… Puis j’ai intégré la Sorbonne. J’intègre L’Oréal, et je découvre un monde bien différent : celui de la cosmétique de luxe. C’est un gros groupe à l’horizontal, tu as l’impression que tu peux demander à n’importe qui un déjeuner... alors qu’en fait tu ne peux pas vraiment.


Malgré tout, j’ai eu une super expérience. Je travaillais en Travel Retail (la distribution au sein des Duty free, des aéroports, des embarcadères pour ferrys). Je voyageais un peu avec mes boss, qui eux faisaient parfois jusqu’à 4 pays par semaine. Ils ont une vie “cool” en apparence, mais quand tu commences à avoir une famille et des attaches, ce taf devient beaucoup trop fatiguant. Sur le conseil de l’un d’eux, qui me coache, j’intègre l’EM Lyon.

Je quitte l’Oréal, et fais un premier stage en marketing, chez Chanel. Dans mon équipe L’Oréal, il y avait un Russe, un Italien, un Turc... Là, c’est franco-français… et très féminin ! Tous les matins je devais dire bonjour en one to one, à tout le monde. Idem le soir. La décoration des locaux était noire et blanche. Chez L’Oréal, je n’avais pas de problème à commencer un mail par un “Hello guys”. Mais chez Chanel, les mails étaient secs.

Chez L’Oréal, on sortait un parfum tous les 6 mois. Mais chez Chanel, c’est 1 parfum tous les 6 ans. Et le nez actuel est le fils de l’ancien nez ! J’avais la sensation de devoir rentrer dans une case, et je n’y arrivais pas. Je décide de quit, et je vais chez… Dior. C’était la caricature : des cheveux longs, de grosses lunettes, le pas vif qui passe et nous balance : “C’est trop grossier ça” alors qu’on travaille comme des acharnés depuis 1 semaine.


J’ai touché à pleins de choses : création de produits cosmétiques, parfums, crèmes, création de visuels, création de campagnes digitales, création d’applis… Il paraît qu’un cerveau fatigué est plus créatif : j’avais des idées sous la douche, la nuit… J’en ai parlé à mes collègues, et ça leur arrivait aussi. Je me suis dit “C’est quoi cette boîte de fous ?”. Une de mes boss était hyper toxique. On travaillait comme des fous, on prenait des pauses déj express.


J’ai fini par aller voir mon médecin, qui m’a annoncé que j’étais en situation de harcèlement. Pourtant, je pensais que j’étais en maîtrise totale de la situation... Et un jour, alors que je bossais sur ma prés Dior pour une crème beauté à base d’or avec un reportage Arte en fond, je lève les yeux sur ma télé et vois des enfants de Djibouti jouer au foot, pieds nus, sans chaussures. Ca m’a fait un choc.

J’ai fini par aller voir mon médecin, qui m’a annoncé que j’étais en situation de harcèlement. Pourtant, je pensais que j’étais en maîtrise totale de la situation... Et un jour, alors que je bossais sur ma prés Dior pour une crème beauté à base d’or avec un reportage Arte en fond, je lève les yeux sur ma télé et vois des enfants de Djibouti jouer au foot, pieds nus, sans chaussures. Ca m’a fait un choc.

A partir de ce jour, je me suis éloigné de plus en plus de mon travail. J’étais en total manque de sens, et je décide de quit. J’aide un pote sur son projet de resto. Je passe du luxe au coupage de carottes et patates… et je trouve ça cool ! Et là, je décide de créer mon app, Sesame, qui réinvente l’expérience de la pause déj. On crée du lien entre les entreprises et les restos environnants.


En creusant, on a réalisé qu’un salarié de la Défense qui mange 3 fois par semaine dans la même pizzeria n’est pas mieux traité qu’un voyageur venant de Lyon et qui y va une fois par an. Pour recréer du lien, on a créé une grosse plateforme qui regroupe tous les commerces. Tu es au bureau, tu te dis : “On mange où aujourd’hui ? J’en ai marre des sushis". Tu ouvres ton app, tu découvres tous les restos cool autour de toi.


Tu paies moins cher, car l’appli te donne accès à une liste de menus uniques “Les Menus Trésors”, des menus cachés, pas sur la carte, réservés aux salariés. C’est super pratique et beaucoup plus juste. La pause déj, c’est le moment où tu peux respirer, sortir du carcan de la boîte, éviter de rester en PLS devant ton écran et faire recours à la livraison systématique. C’est un truc créé par des jeunes actifs pour des jeunes actifs.

L’entrepreneuriat, c’est la liberté. Si t’es fatigué, tu peux dormir. Si tu dois aller chez le médecin, t’y vas. C’est basique, mais si cool ! Et c’est top de pouvoir créer sa propre culture d’entreprise. Ce qui est moins cool, c’est la charge mentale. Tu dors un peu moins bien la nuit, tu as plein de trucs à gérer. Et puis c’est formateur de manager beaucoup de gens, mais c’est aussi une sacré responsabilité. Après… tout est une histoire de balance ! »