[#70] Rémy "I quit mon job de consultant pour me lancer dans le standup"


« J’ai fait l’ESG, une Ecole de commerce post-bac. J’ai fait 1 an d’échange à Singapour, j’ai adoré. Puis j’ai fait un Master en Digital Business. En césure j’ai fait un stage de 6 mois en com interne chez SAP. J’ai fait un entretien pour faire une alternance en tant que Commercial, toujours chez eux. Je vendais des prestations de conseil. A l’époque, je trouvais ça cool d’être dans un si gros groupe.

Et même si j’étais un matricule, on était si bien traité que je m’en fichais. Puis j’ai rejoint un petit cabinet de conseil en Big data. Je faisais du 9h-20h30 avec un tout petit salaire. Je prospectais des boîtes pour leur vendre des prestas de conseil. Je faisais passer des entretiens à de potentielles futures recrues… qui avaient parfois 50 ans ! Je ne comprenais même pas de quoi on parlait. Après 7 mois, j’ai quit.

2 mois plus tard, j’ai intégré le cabinet Sopra Steria. Je n’ai fait que des missions dans les boîtes de l’énergie : EDF, Enedis… Je construisais les besoins avec les métiers et je les transmettais aux développeurs. J’avais de bons potes, on sortait tout le temps. Mais je sentais que j’en avais rien à faire de ce que je faisais. Et un jour, j’ai subi une opération, fin 2018. Ca n’était pas grave du tout, mais je me suis retrouvé 1 mois en convalescence.


J’ai profité de ce moment pour écrire des trucs drôles sur ma vie. Une fois remis, j’ai pris un cours de stand up à Pigalle, dans un bar. J’ai kiffé jouer, mais en même temps, je me disais : “Qu’est-ce que je fous là ?” J’ai quand même continué. Tous les samedis, je jouais. Via cette formation, j’ai obtenu 2 passages de 3 minutes, début 2019. Je pensais que le standup, c’était comme du théâtre : tu écris un mois, puis tu joues. Mais non !

Tu dois jouer tous les soirs, pour tester tes blagues. Tu es tout le temps en rodage, tu fais le tour des bars, des plateaux, tu réussis, tu bides… Pendant 8 mois, j’ai mis ce projet de côté. Ça n'avait pas assez mûri dans ma tête pour que je m’autorise à retourner sur un plateau, et peut-être faire un bide… vu que je n’avais pas compris la dynamique. Fin 2019, j’ai quit Sopra pour aller dans un autre cabinet de conseil.

En janvier 2020, je m’y met à fond : je fais mes premières open night au Barbès Comedy Club. C’est dur au début, car tu te sens comme une m* quand tu connais personne. Mais en même temps, quand une blague marche, tu es applaudis, tu as un shoot d’adrénaline dans les veines. Et bam, confinement. C’était pile la semaine où pour la 1ère fois j’avais 4 scènes. Je passe le confinement seul à Paris. Je n’écris aucune blague.


Eté 2020, ma boîte me propose une rupture conventionnelle, car ils n’ont plus de missions. Je vois alors passer le Campus du Barbès Comedy Club de Shirley Souagnon. J’étais hyper motivé. C’était une occasion en or. J’ai postulé, et j’ai été pris ! Tout était fermé d’octobre à mai 2021, donc tout ce qu’on écrivait pendant la formation, on ne pouvait pas le tester sur de vrais plateaux le soir… Du coup, on jouait entre nous.


On a eu des cours de journalisme, d’anthropologie, d’acting… Et on a rencontré des standupeurs : Paul Mirabel, Kyan Khojandi… Au printemps 2021, Shirley m’a proposé de bosser pour elle en tant qu’auteur (avec trois autres auteurs) pour une émission. J’écrivais des blagues sur l’actu : c’était un taf full time, mais c’était la première fois où je ne ressentais pas le besoin d’exutoire le soir, tellement ça m’épanouissait.

Ca s’est fini mi mai, et tout à réouvert. J’ai repris le standup, mais en plus intense qu’avant. La journée, j’écris, le soir je joue. Plus je joue, plus j'écris ! Parfois, j’ai jusqu’à 6 dates par week-end. Je charbonne. Les créneaux de standup à Paris, c’est précieux. C’est beaucoup de galères, mais ça fait partie de ton taf. Il faut envoyer des vidéos de tes passages, faire partie des bons crews…

Aujourd’hui, je joue 4 à 5 fois dans la semaine. A la rentrée, j’ai monté mon propre plateau de standup, le Tadam comedy Club. C’est au Chai 33, un énorme resto à Bercy Village. Je fais 2 soirées par mois. Il y a beaucoup de gens que je connais. Tu as un peu peur du jugement mais l’ambiance est bienveillante. Quand je repense à un Open Space et à un fichier Excel, je me dis que j’ai beau “galérer” ça vaut largement ma liberté. »