[#76] Damien - “I quit mon poste d’Acheteur chez Orangina pour créer mes spiritueux français et bio”


reconversion

« Après mon BAC ES, je suis parti vivre 1 an aux USA. A mon retour, je suis allé en fac LEA (Langues Etrangères Appliquées Anglais Italien). J’avais un bon niveau en Anglais, mais mauvais en Italien. En deuxième année, je suis parti en Erasmus d’1 an à Ferrara. Revenu en France, je poursuis en Master. Je fais un premier stage dans le vin en Italie et un second, toujours dans l’univers viticole.


Un jour, en rendez-vous avec des Acheteurs pour une chaîne de caviste, j’ai été attiré par leur posture, leurs négociations… J’ai donc rejoint Kedge Bordeaux pour faire un M2 en Achat International. J’ai ensuite fait un stage chez Orangina à Paris, en Achat matières premières, puis une alternance dans les achats dits indirects, chez un assureur. J’étais en costume, dans une boîte très politique, avec des projets qui m’animaient beaucoup moins.


J’ai alors rejoint Lactalis, à Londres et j’y suis resté 3 ans. J’ai adoré. Et là, Orangina, ma boîte coup de coeur, me rappelle et me propose un poste. Je ne réfléchis pas et je rentre à Paris. J’avais le statut, le salaire, la vie confort. Les projets étaient super, les collègues aussi. Je suis promu au bout de 2 ans. J’étais Trader de matières premières. Je voyageais en Europe et en Amérique Latine, je développais des compétences en dégustation.

En parallèle, je rêve d’avoir une liberté qui me sortirait de ce métro-boulot-dodo, je rêve d’être animé par un projet que j’aurais construit, de devenir mon propre patron. Mais mon quotidien de salarié m’étouffe cette envie.

Je suis un bon vivant, créer ma propre marque de spiritueux était à la fois une évidence et un fantasme. Quand tu mets une belle bouteille sur la table, tu es toujours content de la montrer, de la partager, de refaire le monde.


J’écrivais le concept sur mon téléphone. C’était aussi une échappatoire, pendant le métro par exemple. Mais je n’étais pas encore prêt à quitter ma zone de confort pour une lubie. Je travaille comme un acharné chez Orangina. Je faisais des horaires de malade. J’avais envie de quitter Paris, de repartir à l’étranger pour me nourrir d’autre chose… ce que j’ai toujours fait depuis le début de mon parcours.


Et là, ma conjointe a une opportunité à Toulouse. Je décide de me lancer. Je reprends mon concept sur mon téléphone. Je passe sur Excel et PowerPoint, et je fais tout mon business case. Après plusieurs discussions, on décide de vraiment quitter la capitale et mes proches me soutiennent dans le projet. Je quit. Mon chef a été top : compréhensif, à l’écoute et même emballé par mon projet. Eté 2020, on déménage.

Pendant 6 mois je garde la double casquette : mon poste chez Orangina en télétravail et le lancement de ma boîte. Je n’ai jamais autant travaillé ! Je n’arrivais même plus à dormir, j’étais sous adrénaline. J’ai trop kiffé cette période. Mais j’ai réalisé que je ne pouvais pas faire les 2.

Il fallait que je saute vraiment dans le vide pour pouvoir me donner toutes les chances que ça marche. Je quit, pour de vrai cette fois. C’était beaucoup d’émotions.


Dès le lendemain, j’étais à 100% sur mon projet. Hexagone, c’est un gin Français, artisanal, bio. Je voulais mettre en avant le savoir-faire et l’élégance à la française. J’ai beaucoup travaillé le storytelling avec ma conjointe qui travaille en Marketing, je me suis rendu compte à quel point c’était une force d’être bien entouré, d’autant plus que je découvrais mille nouveaux métiers, étant seul à me lancer !


J’ai aussi lancé le seul Gin au monde vieillit en fût de Rivesaltes Ambrée en édition limitée : petit clin d’oeil à l’héritage familial, car mon arrière grand-père avait des vignes. Enfant, aux repas de famille, c’était muscat ou rivesaltes millésimées ! Depuis avril 2021, je suis présent dans plus de 20 villes, chez des cavistes, dans des bars, des restos (jusqu’à 3 étoiles). J’ai roulé 30000 kilomètres en 9 mois. Je rencontre des pros, des nez / palais…

C’est dur de s’installer dans cette industrie dominée par des énormes entités internationales. Tu passes des heures au téléphone juste pour un contact, tu prends des refus parce que tu es trop petit…

Mais mon expérience d’Acheteur m’aide à trouver des solutions. Il ne faut rien lâcher et être endurant. Aujourd’hui, je vibre à chaque retour positif sur mon spiritueux. Et j’ai eu ma première médaille d’or en concours international ! »