[#77] Jade - “I quit le luxe pour partir à Katmandou et monter ma marque de mode responsable”


reconversion

« Au moment de choisir entre S, ES et L, j’ai décidé de redoubler ma Seconde pour aller en option Art appliqués. Je suis passée de dernière de classe à première. Depuis toujours, j’étais passionnée par la mode, par le côté “sociologique” des vêtements. J’ai rejoint l’Ecole de la chambre syndicale de couture parisienne, créée par les syndicats de la couture. C’était très technique. Je devais apprendre toutes les bases de patronage, de couture…

C’est beaucoup d’apprentissage, de rigueur. Il y avait beaucoup de pression. On a fait beaucoup de nuits blanches. J’ai fait un stage à Londres, avec une créatrice qui s’appelle Faustine Steinmetz. Elle avait un parcours très créatif, et ces 5 mois m’ont apporté une vraie ouverture d’esprit. En 3ème année, on était 70. En 4ème année, ils n’en gardent que 20. J’ai été prise, mais j’ai refusé. Je n’en pouvais plus. Je ne supportais plus la pression.

J’ai rejoint Courrèges, une marque de luxe. Je suis arrivée au moment où des nouveaux Directeurs artistiques ont réveillé la maison endormie depuis 10 ans. C’était hyper intéressant pour moi de vivre tout ça. J’avais 22 ans, et j’étais Assistante de Direction artistique. Un peu la vie de Anne Hathaway dans le Diable s’habille en prada. Courir chercher un déjeuner, ou un bouquet de fleurs avant qu’Anna Wintour arrive…


Depuis que j’ai 16 ans, je veux rendre visibles les gens qui créent les vêtements, et faire de la mode éthique. J’ai alors découvert une association qui cherchait des bénévoles pour aller au Népal aider une petite entreprise de laine bouillie. En 2017, j’ai quit mon job, et je suis partie à Katmandou. Je suis passée du tout au tout : fast-life dans le monde de la mode, à vivre 5 mois avec une famille de Népalais plutôt défavorisés.


L’entreprise était gérée par un Népalais de mon âge avec qui on dessinait des modèles. J’ai essayé de comprendre l’univers de la mode éco-responsable, comprendre comment je pourrais créer une marque de mode éthique… Je suis rentrée avec une petite collection de bijoux, de sacs, de vêtements... J’ai créé ma marque, Kitu, et j’ai revendu la collection. Le concept : “un voyage, une collection, une donation”.

Le but : partir en voyage avec mes patronages, et à partir des rencontres et inspirations, créer ma collection de vêtements élégants, confortables, durables dans le temps, faciles à entretenir, et qui mettent la culture en avant. Les conditions de travail et les matières sont importantes (upcycling, coton bio, fin de stock…). Puis je vends la collection en pop up stores, en ventes éphémères, ou tout simplement via mon site.

Je mets ensuite une somme de côté, que j’utilise lors de mon voyage suivant pour faire une donation à quelqu’un dans le besoin. En 2018, je suis allée au Népal 2 mois avec mes patronages, et j’ai créé 150 pièces. Puis en 2019, je suis allée en Inde 2 mois, et j’ai créé 550 pièces. Et grâce à la vente de la collection népalaise, j’ai offert une machine à coudre et du matériel scolaire à une jeune fille vivant dans un bidonville.


En 2021, compte tenu de la crise sanitaire, j’ai créé une collection en France. Et à l’automne 2021, je suis allée au Maroc. Ma marque, c’est avant tout une expérience humaine. La partie stratégique est venue bien après. Au fond, ça ne m’intéressait pas vraiment tant que je m’en sortais financièrement. Mais aujourd’hui, cela fait 5 ans que je travaille comme une dingue, il est temps que je puisse gagner ma vie convenablement grâce à Kitu.

Au début, j’étais ultra créative, j’avais beaucoup d’énergie. Là, je commence à fatiguer, par manque de moyens. Mais tu peux être créatif dans la façon dont tu gères ton entreprise, dont tu la fais grandir. Ça ne se résume pas à dessiner des vêtements. Je passe d’un sujet à l’autre. Tout évolue au jour le jour, ma To do est infinie. Il faut accepter que tout soit toujours en chantier, et avancer sur tous les sujets importants en même temps.

C’est passionnant et j’apprends tous les jours. Il n’y a pas de journée type. Je suis libre et ne m’ennuie jamais. Mon objectif pour 2022, c’est de développer le B2B. Comme ça, mes best-seller seront revendus en boutique, et ça me permettra d’augmenter mes quantités, ma visibilité et d’améliorer ma rentabilité. En plus, en mars, j’aurai un studio / showroom pour accueillir mes clients au cœur de Paris ! »