[#80] Hamza - “I quit mes études de droit pour créer ma marque de jus defruits 100% naturels ”


reconversion

« J’ai fait des études de droit à Nice. En parallèle, je faisais du hand. Un jour, la Ligue de Handball m’a proposé une mission de service civique de 8 mois à l’Institut du Cancer de Montpellier, pour de la prévention sport et santé. J’hésitais entre le hand et le droit.... et j’ai choisi la mission de service civique. On parcourait toutes les écoles de la région Occitanie pour inculquer aux enfants l’importance du sport pour éviter les cancers.


On se basait sur du travail de chercheurs. Puis on faisait du hand tout l’aprèm. On leur expliquait aussi les méfaits des sodas industriels. La pub, chez les plus jeunes, c’est dévastateur. Pour eux, quand ils boivent le petit jus en brique, ils ont pris leur fruit de la journée. Sauf qu’il est rempli de sucre et d’additifs… Je me suis dit : “Soit je finis le droit, soit je claque tout et j’entreprends”. Et je me suis lancé dans l’industrie agro-alimentaire.

Tout est parti du constat que j’ai fait à l’Institut du cancer : les enfants boivent n’importe quoi. L’assimilation à la consommation industrielle se fait chez les plus petits, et après ça reste une habitude. C’est très compliqué de s’en défaire. J’ai donc créé ma marque de jus de fruits, Maya Drinks, gourmande en fruits frais et désaltérante, mais avec du sucre naturel et sans aucun additifs, colorants ou conservateurs.

Il existe plein de jus de fruits 100% naturels sur le marché français : mais 100% naturels exotiques et en format verre, il n’y en a pas ! Je n’avais pas les finances pour recruter une agence de market. Du coup, j’ai reçu un coup de main d’une bonne amie sur le Marketing : après avoir brainstormé un aprèm, on a trouvé un packaging déconnant, et on s’est dit : “autant être fous jusqu’à la fin !


Notre best-seller est le PAM ou Plan à 3 (passion, ananas et mangue), et il existe trois autres saveurs : Litchi, Eau de coco et Grenade. C’est aussi une marque éco-responsable : mes bouteilles sont en verre. La fabrication, au Vietnam, est artisanale : la récolte se fait à la main, la mise en bouteille aussi, et les terres sont naturelles. Les jus sont vendus à des grossistes, qui le vendent à leurs clients (restos, bars, hôtels prémium…).


Au début, on était en Occitanie et Rhônes Alpes et depuis peu, on est partout en France (y compris dans les DOM-TOM), et bientôt à l’export. Maya n’est pas destinée à la grande surface, afin de ne pas être vampirisée par les innombrables autres marques des rayons. En plus, l’intérêt économique ces géants prime souvent sur l’éthique du producteur.


Aujourd’hui, je suis libre de faire ce que je veux, quand je veux. J’ai eu la chance de ne jamais être salarié, de ne pas savoir ce que c’est que d’avoir un patron. J’espère que ça ne changera jamais. C’est un truc qui m’angoisse. Se dire : “Je vends, je mange à la fin du mois, je ne vends pas, le frigo est vide”, ça te donne la pêche pour chercher de nouveaux marchés, tout en restant cohérent avec tes valeurs.

Mon plus grand plaisir, c’est me poser dans un café et voir la table à côté qui consomme mes jus, et qui les apprécie. Sur Insta, on est souvent tagués par des consommateurs (nos “dealers”) qui postent nos bouteilles parce qu’ils les trouvent cool et qu’ils ont adoré les jus. Parfois, j’ai peur d’échouer et d’avoir honte auprès de mes proches. J’ai aussi bien sûr peur de perdre beaucoup d’argent…

Heureusement, j’ai signé avec des franchises vraiment sympas (comme Pitaya par exemple). Et nos dealers indépendants nous donnent de la force. A terme, j’espère me faire racheter, et réaliser mon rêve : ouvrir un orphelinat. En parallèle, j’ai aussi envie d’aider de jeunes entrepreneurs innovants : mais je ferai ça de bon cœur, je ne prendrai pas de parts. Je veux juste leur éviter certains soucis que j’ai eus (juridiques, etc…)

Sur les bouchons des bouteilles Maya, vous pourrez lire “Dealer de Maya”. Dans mon lycée privé et catholique, j’étais un des rares maghrébins. Certains ont décidé de me créer une réputation de dealer de drogues. J’espère que quand ces personnes boiront mes jus, elles réaliseront que je ne suis pas dealer de drogues… mais que je suis dealer de jus de fruits, et que je porte haut et fort les couleurs d’une startup française dans la food. »