[#81] Marion - “I quit la gestion de projet en informatique pour devenir illustratrice en freelance”


reconversion

« Je suis diplômée de l’ISCOM. Mon premier stage en gestion de projet était chez Happn. Je me suis vraiment ennuyée… sans parler des pratiques sexistes et humiliantes de la direction. J’ai ensuite fait une alternance en marketing et com chez Ebay. J’ai eu de grosses responsabilités, mais c'était loin d'être passionnant, et très politique. On devait mettre "Best place to work" dans notre signature de mail. Mais c’était la best place to bullshit…


Mon premier CDI était dans une startup basée à Londres : Appear here. J'ai passé 10 entretiens, mais ma Manager m’a épuisée mentalement. Je ne prenais pas de pause déj, et de toute façon je n’avais plus d’appétit. Je faisais des cauchemars. J’ai quit en mode survie.

4 mois plus tard, j’ai rejoint une autre startup : Opening stage. Les boss de la boîte avaient 2 ans de plus que moi, et quasi 0 expé. Les stagiaires se faisaient humilier.

Quand je leur ai annoncé que j’allais quit pour une autre boîte et que je négociais pour partir, mon boss a réagi de manière vulgaire. J’ai ensuite rejoint l’ADN Groupe, pour travailler sur le média de Castorama pendant 3 ans. La direction me demandait tout le temps “Mais tu fais quoi en fait toi ?”. Mes heures passées sur chaque mission étaient tracées. Pas ouf pour l’estime de soi. Étrangement, quand j'ai quit, mes maux de ventre se sont arrêtés !

Une fois de plus, je réalisais qu’en gestion de projet, tu éponges les humeurs des autres, tu passes plus de temps à soigner les égos de chacun qu'à te nourrir intellectuellement. Tu n'es pas reconnu pour ce que tu fais parce que concrètement, ce n’est pas toi qui fais les choses. Je n’ai pas réussi à avoir ma dernière augmentation. J’hésitais entre changer de métier ou donner une dernière chance à la gestion de projet, mais ailleurs.


J’ai fini par choisir la deuxième option, et j’ai rejoint une ESN (services numériques) en gestion de projet digitaux. J’ai enfin eu une Manager exceptionnelle : qui t’encourage, qui te valorise. Mais qui n'avait pas vraiment de limite au niveau de sa charge de travail et de celle de son équipe. Je devais mettre la pression aux équipes, faire en sorte de “rentabiliser leur temps”. J’ai fini par quit la gestion de projet pour de bon !


J’hésitais encore à faire free en com ou en illustration. J’avais commencé à dessiner lors de mon dernier job. Je pensais que c’était une passion plus qu’un métier. Mais j'ai décidé d’arrêter de faire ce que la société attend de moi (avoir un CDI bien secure). J'éprouvais beaucoup plus de satisfaction une fois un dessin fini qu'un projet de com bouclé. J'avais un peu fait le tour de la com, et je voulais ajouter de nouvelles cordes à mon arc.

En janvier, j’ai appris à dessiner en numérique. En février, j’ai fait un challenge où je devais dessiner un motif par jour pendant 1 mois. En mars, j’ai commencé à démarcher. J’ai été exposée à la galerie Beau Soleil à Paris. J’ai commencé à trouver des clients. J’ai profité de la journée de la femme pour faire plusieurs illustrations féministes. J’ai démarché des clients avec des projets qui ont du sens, qui défendent une cause.

Par exemple, Dr Naked, qui fait de la prévention contre le Sida, ou pour Dermareole, qui fait des tatouages d’auréoles mammaires post-mastectomie, et dont les photos sont censurées sur Instagram. Mes illustrations ont donc été bien utiles pour eux afin de communiquer. J’ai aussi fait un stage de modèles vivants aux Beaux arts. Repasser du numérique au dessin, ça a été difficile, mais super intéressant.


Ce que je préfère dans mon métier, c’est la liberté liée au fait d’être freelance. Je choisis avec qui je travaille et c'est moi qui pose mes limites, pas la hiérarchie. Tout faire, ne pas seulement être un maillon de la chaîne ce qui rend mon travail très enrichissant intellectuellement. Et surtout, dépasser mes objectifs perso en répondant à de nouveaux briefs.

Aujourd’hui, je suis super épanouie, j’ai vraiment l’impression de produire quelque chose qui me plait, en plus de plaire au client. Mes projets pour l’année à venir, c’est de sortir la saison 1 de ma petite BD, de trouver plus de clients, pour des projets engagés si possible…et de continuer de vivre de ma passion ! »