[#84] Arthur - “I quit l’idée d’un CDI après mon diplôme d’ingénieur pour devenir documentariste”


reconversion

« Dès mes études d’ingénieur à Centrales, j’ai co-fondé une association qui faisait pression pour que plus de cours abordent l’urgence écologique, pour que les campus soient plus verts…. bref, pour faire basculer les gens. Par la suite, on a développé ce mouvement dans beaucoup d’écoles. On échangeait informations et conseils. En réalité, j’ai été beaucoup plus actif dans le monde associatif que dans mes études !


En 2019, il y a eu un gros mouvement dans les grandes écoles et chez les jeunes diplômés. Un mouvement de questionnements, de quête de sens, de quête d’impact… de “rupture”. On était beaucoup à se sentir concernés par les enjeux économiques et sociaux, mais on ne nous parlait pas assez des conséquences que ça pouvait entraîner.

Du coup, j’ai décidé de tourner un film documentaire, et de me concentrer sur des amis très proches, de différents parcours… J’ai choisi de suivre des jeunes ayant opéré des ruptures extrêmes. Des ruptures qui ne sont pas acceptées socialement : par les écoles, par les entreprises, voire même par leur propre entourage. Le tournage a duré 1 an, suivi du montage, qui a duré 1 an aussi.

Le film “Ruptures” est sorti en septembre 2021. Depuis, ma copine Hélène (une des personnes dont je suis le parcours dans mon documentaire) et moi, on a fait une centaine d’interventions dans toute la France : dans des grandes écoles, dans des lycées, dans des associations, dans des collectivités, en entreprise… On a eu des retours terrains assez dingues, de gens de tous âges.

En École d’ingénieur, on estime que 30% des jeunes diplômés sont en rupture, c'est-à-dire prêts à tout pour être en accord avec leurs valeurs, pour mettre l’impact et le sens au cœur de leurs priorités quelles que soient les conséquences financières et sociales. Mais au fil de nos interventions, on a réalisé que c’était un mouvement beaucoup plus gros que ce qu’on imaginait.

Par exemple, on a rencontré des jeunes salariés dans de grosses boîtes, super engagés, prêts à se prendre des portes et à tout donner quitte à arriver au burn-out. On a aussi parlé à des Directeurs et Responsables pédagogiques. Celle de Centrale Nantes nous a appris qu’en 2021, 75% des diplômés ont rejoint des petites boîtes (versus à peine 25% il y a 5 ans).


Une Responsable pédagogique d’une autre école nous a appris que 80% des élèves en fin de cursus se questionnent quant à leur avenir, et que 30% se reconvertissent. Heureusement, les Grandes Écoles sont en train de s’adapter. Elles ont compris qu’il y avait un enjeu énorme à placer les enjeux économiques et sociaux au cœur de leur enseignement et de leur engagement si elles voulaient rester au top des classements.

Les grosses boîtes au modèles classiques sont quant à elles en panique : elles n’arrivent plus à recruter. Si elles veulent attirer, elles doivent se transformer, définir leurs raisons d’être, changer leurs modèles managériaux… Personnellement, je suis convaincu que l’avenir du travail, c’est : des jobs à impact positif, et 3 jours de week-end pour s’engager le reste du temps (et se faire plaisir, aussi !).

Notre objectif avec Hélène pour 2022, c'est de trouver un projet financièrement viable qui fait sens pour nous. Et surtout, ce projet nous permettra de mettre de côté pour faire un autre film ! »