[#85] Nadège - “I quit une carrière dans le luxe pour fonder le programme de coaching Bloomencia”


reconversion

« J’ai 37 ans. J’ai vécu en Espagne, au Maroc, en Argentine, au Mexique et en Australie. J’ai passé mon Bac S à Buenos Aires, puis j’ai rejoint Science Po Paris en 2003. Après un échange au Mexique, je suis rentrée à Paris pour me spécialiser en Marketing et Com.

En dernière année, j’ai fait une alternance chez Guerlain. J’ai enchaîné sur un CDD. Mais là, la crise de 2009 a lieu, et mon CDD n’est pas transformé en CDI.


Je postule alors à un VIE en Australie pour Givenchy, et m’envole pour Sydney. Je m’occupais de tout le business aéroport Australie - Nouvelle Zélande - Îles pacifiques. Je faisais des déplacements dans des régions paradisiaques. Selon mes critères de l’époque, c’était un job de rêve ! En 2012, je rentre chez Hermès, pour m’occuper de l’Europe de l’Est. En 2015, je pars à Madrid pour développer la zone.

Je m’éclate, j’adore la ville, ma vie. Mon appart avait doublé de superficie, la vie était moins chère, je rencontrais plein de monde… Mais j’avais du mal avec le management, du mal à trouver du sens… Je passais beaucoup de temps derrière Excel à projeter des budgets pour qu’on me dise “Finalement, on ne va plus faire ça !”. J’avais moins d'entrain, des angoisses. Je me disais : "Ça fait 15 ans que tu fais ça : sais-tu faire autre chose ?

Je fais alors bilan de compétences, qui confirme mon envie de nouveauté, et d’être à mon compte. C’était évident pour moi que je voulais m’orienter vers l’accompagnement. Il s’est passé 2 ans entre ma prise de conscience et le moment où j’ai quit Hermès. Et en juillet, je déménageais à Périgueux. Je voulais créer un programme d’accompagnement collectif, au sein duquel je permettrais une déconnection d’une semaine.


J’avais scanné la France, et la Dordogne m’avait semblé être un super endroit pour lancer un tel programme. Je me suis formée pendant 8 mois pour devenir coach pro en reconversion pro. Puis j’ai réfléchi aux modules, au contenu… J’ai travaillé sur le nom, sur l’identité visuelle avec l’aide d’une pro, j’ai monté le business plan, et j’ai trouvé le lieu (un superbe château). J’ai fait le lancement de Bloomencia en mars 2021.


Depuis, j’ai intégré un incubateur pendant 1 an, ce qui m’a beaucoup aidée. J’ai intégré la French Tech l’année dernière. Bloomencia dure 12 semaines. Cela commence par 3 semaines d’introspection sur une plateforme à distance, en visios collectifs. Puis ils viennent en Dordogne 1 semaine. Tous les matins, on a des ateliers théoriques ou plus pragmatiques, comme des exercices de brainstorming, seul et en groupe.

Je crois beaucoup au collectif : écouter les autres, voir que tu n’es pas seul, t’inspirer de l’histoire de chacun… Ils ont accès à une bibliothèque, à du sport, à des ateliers botanique, photographie, sophrologie, oenologie… En plus, tous les intervenants externes sont tous d’anciens reconvertis, qui viennent montrer par l’exemple que c’est possible. Un soir, il y a un dîner avec un invité, ancien reconverti ou spécialiste.

Suite à cette semaine de déconnexion, il y a 8 semaines de programme à distance. Pour avoir moi-même vécu le bilan de compétences où tu dois suivre une grille et une méthodologie pendant 3 mois, j’ai trouvé ça trop contraignant. Ils peuvent donc étaler ces 8 semaines sur 11 mois ! Un tas de thématiques sont abordées. Ils peuvent aussi me solliciter lors de 3 entretiens individuels aux moments de leurs choix, tout au long de l’année.


En parallèle, j’enseigne à la Toulouse Business School en Stratégie marketing dans l’industrie du parfum, et en BTS à Périgueux, en Management Commercial. Je leur parle de voyages, leur raconte des anecdotes de ma vie pro… Je sors du cadre strict du programme. J’adore être libre, prendre mes décisions rapidement, amener ma boîte où je veux sans poser de questions à personne... Le côté politique me pesait trop.

En entreprise, plus tu montes en responsabilités, plus tu es déconnectée de la réalité. Je m’éclatais plus quand j’avais moins de millions à gérer ! Rencontrer des gens, et être fière de me dire que j’ai créé un truc qui n’existait pas, que l’idée que j’avais en tête est devenue concrète. Je ne rends pas de comptes, je bosse quand je veux… Je n’ai plus de plan de carrière, je vis au jour le jour. Mais s’il le faut un jour, je saurai me questionner. »