[#86] Thibaud - “I quit le salariat pour co-fonder une plateforme de lecture”


reconversion

« Après un Bac S, j’ai rejoint une Ecole de commerce postbac. Ca m’a beaucoup plu. Je suis parti à Cambridge en L3. Au moment de me spécialiser, mes proches m’ont suggéré la com. Je voulais donner du sens à ce que je faisais, et vu que j’avais une passion pour la musique, j’ai voulu découvrir l’industrie. J’ai d’abord rejoint une agence de relations presse de 15 personnes qui travaillait pour Rock en Seine. C’était une super expérience.


En dernière année, j’ai fait une alternance dans un studio d’enregistrement / label. On était quatre : le directeur, un ingé son et un photographe. J’étais en charge du market, de la com et du biz dév. J’avais beaucoup de responsabilités. Puis j’ai fait un stage de fin d’études chez Sony, en tant qu’Assistant com digitale. Mais je ne pouvais pas être force de proposition. Ça m’a fait me poser beaucoup de questions.

J’ai découvert l'entrepreneuriat à ce moment-là. Un pote lançait une app de musique sur laquelle on te push des playlists en fonction de tes critères. J’y ai bossé 1,5 an. J’ai beaucoup appris sur l’entreprenariat, sur la logique de business model… Hélas, le projet est arrivé au bout. J’ai alors eu une opportunité avec une startup de livraison à vélo de produits de proximité (boucherie, charcuterie). Mais la boîte s’est fait manger par la concurrence.

Mon parcours pro à ce stade était sinueux. Heureusement, j’ai toujours eu l’énorme chance d’être compris par mes proches, et en particulier par mes parents. C’est là que j’ai décidé de monter mon propre projet, Neovel. J’ai créé ça avec un ami d’enfance, qui s’appelle aussi Thibault, qui a un profil dév. Au même titre qu’avec la musique, il était important pour moi de travailler dans un secteur qui me passionne : cette fois-ci, celui de la lecture et de l’écriture.


Neovel est une plateforme de lecture et d'écriture, internationale et communautaire, qui trouve son originalité dans le format de livre proposé : des web novels (web série littéraires à sorties quotidiennes), un format qui vient d’Asie. Une webnovel est une histoire assez longue, structurée en chapitres courts d’une dizaine de minutes de lecture. Le digital permet de “consommer” la littérature différemment.


C’est transportable, structuré sur des chapitres courts, en mode “série”. En France, on est un peu précurseurs. On a vraiment analysé le marché… Et ce sont mes expériences pros précédentes qui m’ont aidé à faire ça ! Aujourd’hui, on est 6, on prévoit d’être 12 en fin d’année. Le produit a bien évolué : on est agrégateurs de notre propre contenu. On rémunère tous nos auteurs. On a construit notre vision. La logique communautaire cruciale.

Elle permet aux lecteurs de parler entre eux, de parler aux auteurs… Par cette communauté, l’idée est d’automatiser les processus éditoriaux pour aider nos auteurs amateurs à évoluer vers le pro. On construit des outils (communautaires, financiers, logiciels...) pour permettre aux auteurs de passer de l'amateur au professionnel (d’être édités) et à la possibilité d’adaptation vers d’autres formats.

On est sur un format littéraire, on peut évoluer vers des mangas, des webtoons (mangas coréens), des séries, des produits dérivés… et pourquoi pas le format papier. Je me sens à ma place, après des années à me demander quelle était ma voie. Je construis mon métier. Je réfléchis sur mon approche, mes tâches. Je me remets en question, je suis challengé. J’avais un peu perdu le goût d’apprendre, au lycée ou en études. Je l’ai enfin retrouvé.


J’ai encore plein de choses à apprendre. Je donne aussi ma propre direction à mon propre projet. C’est une certaine liberté. T’es pas drivé par des cahiers des charges, c’est toi qui les construis. C’est aussi des risques, j’ai même dû travailler en parallèle. J’ai été auxiliaire de vie, je travaillais 2 nuits par semaine auprès d’une personne en situation de handicap pour l’aider. Même si ça a été un très gros apprentissage sur le plan humain, ça a été dur.

Ce sont des sacrifices de temps, d’argent. Tu loupes des vacances entre potes parce que tu n’as pas les fonds… Mais ton métier c’est 80% du temps que tu passes entre tes 25 et 60 ans. C’est énorme dans ta vie, et c’est important que ça soit animé par une passion. Ça vaut le coup. J’ai de la chance. Le projet avance bien, et tous ces risques devraient payer, et me permettre de réaliser de nouveaux projets persos ! »