[#87] Fannie - “I quit le journalisme pour devenir actrice”


reconversion

« J’ai longtemps été première de ma classe, sans avoir la moindre idée de ce que je voulais faire. Du moins, c’est ce que je pensais. Je crois qu’au fond de nous on sait toujours ce qu’on veut faire… mais qu’on décide de l’assumer ou non. Les questions d’orientations étaient source de stress pour moi. Après un an de prépa, j’intègre Science Po Lille. Te voilà pendant 5 ans dans un cocon : tu valides tes partiels, t’es sur tes rails, et tu ne t’inquiètes pas plus que ça.

A chaque fois que la question de l’orientation se posait, j’étais prise d’angoisses. Lors de mes points avec les conseillères d’orientation, je sentais le sol se dérober sous mes pieds. Je pars en Master de Commerce et Finance. Je commence une alternance dans une start-up de conseil en RH. Douche froide : leur management est à l’opposé des valeurs qu’ils prônent. J’en suis dégoutée et je me dis que ce monde-là n’est pas pour moi.

Je me dis alors qu’il est temps que je réfléchisse à ce que je souhaite faire vraiment, sans plus tenir compte de ce que les autres attendent de moi. Je rédige une longue liste de tout ce que j’aime faire dans la vie. Je réalise que je peux les classer en deux catégories : les relations sociales et la créativité : théâtre, musique, danse, écriture, vidéo (j’ai passé mon collège entier à faire des mini films).


Cette dimension créative manque cruellement à mon quotidien. Or on ne peut pas passer 80% de son temps dans un travail que l’on déteste pour jouir le peu de temps qu’il nous reste d’un confort matériel. J’ai un déclic. Alors que la start-up vient de valider mon alternance, je quit. A ce moment-là, tout le monde me dit “Tu es folle de quitter cette boite. En plus, le journalisme c’est bouché, tu ne gagneras pas ta vie…”.


Je toque donc à la porte d’une boîte de prod à Lille qui réalise des documentaires. C’est décidé : je veux faire de l’audiovisuel. Le boss était étonné car je n’avais pas du tout le profil académique qui correspondait. Pour me tester, il me demande de lui écrire un scénario. En me prêtant à l’exercice, je réalise que j’adore écrire ! Ça lui plait à lui aussi, et je suis prise. En plus, cette boîte réalisait des documentaires pour Arte.

Au bout d’un an ils me proposent un CDI, et je deviens reporter pour le Journal d’Arte. Régulièrement, je pars dans un nouveau pays faire un docu. En parallèle, je décide sur un coup de tête de participer à un concours de courts-métrages. On part sur une fiction complètement loufoque… et on gagne ! Le journalisme et l’adaptabilité qu’il requiert m’ont beaucoup nourrie. Tu passes de Miss France aux migrants de Calais en 2 jours.

Tout le monde me disait “Tu as un boulot de rêve !”. Malgré tout, au fond de moi, je savais que ce n’était pas cela mon métier de rêve à moi… J’ai toujours rêvé d’être comédienne. Mais j’avais intériorisé l’idée que ce n’était pas un “vrai métier”. J’enviais les actrices des films que j’allais voir, chaque été je me renseignais sur les stages du Cours Florent sans oser, j’avais même envoyé quelques bouteilles à la mer…


Mais parce que j’avais déjà quit la Finance pour le journalisme, je me sentais beaucoup plus forte. Je me suis dit : “Je ne vais pas mourir !”. J’ai malgré tout mis 6 mois à y réfléchir tous les jours, obsédée par cette idée. Je décide de participer au stage d’admission du Cours Florent et je suis prise. Je me rappellerai toujours de ma première journée de théâtre. J’étais remplie d’une telle joie, d’une telle assurance ! J’étais enfin à ma place.

Je suis passée de “Je suis nulle parce que je sais pas ce que je veux faire” à “En fait je l’ai toujours su mais je ne voulais pas le voir”. Ce sentiment d’être sur les bons rails pour la première fois… c’est comme si je comprenais enfin qui j’étais. En école de théâtre, tu passes ton temps à affronter tes peurs et à dépasser tes limites. Cela te donne une confiance folle. A Florent je suis un double cursus, à la fois de théâtre et de jeu face caméra.

Entreprendre une carrière artistique n’est pas facile. Tu as des hauts, des bas, des moments où tu doutes beaucoup et d’autres ou tu sens que tu pourrais soulever des montagnes. Mais une chose est sûre : travailler pour soi et pour son rêve, ça n’a pas de prix. Les tournages sont des moments magiques, hors du temps... et d’un coup tout le travail en amont prend son sens. En février, j’ai décroché un rôle dans une série ! »