[#89] Agathe - “I quit mon job de commerciale pour devenir photographe”


reconversion

« J’ai fait L parce que c’est ça que j’aimais, puis mon père m’a parlé de prépa donc j’ai fait hypokhâgne et khâgne. J’adorais apprendre plein de choses. Dans ma prépa, l’ENS ne s’envisageait pas. J’ai donc rejoint une Ecole à Reims, mais ça a été la désillusion. Je me suis fait plein d’amis, je m’amusais, mais niveau scolaire c’était l’horreur. J’ai même redoublé ! Pendant l’été, j’ai hésité à aller en fac de géographie. Finalement, je suis restée.


Pendant ma césure, j’ai fait un stage qui m’a beaucoup marqué, chez Kronenbourg, en événementiel. Le management était top, et j’ai passé 3 mois sur 6 à préparer des événements, et les 3 autres mois à être sur le terrain. A la fin de mes études, j’ai voulu retourner dans le secteur de la bière. J’ai rejoint AB Inbev, le troisième brasseur français, en tant que Commerciale. On était de nombreux jeunes. Je déménage à Lille, que je ne connais pas.

Les premiers mois, je suis contente de découvrir un nouveau job, une nouvelle ville. Mais en relisant des notes de l’époque, j’ai réalisé qu’au bout de quelques semaines à peine, j’écrivais déjà : “Il faut vite que je parte d’ici !”. On m’avait dit que j’évoluerais vite, donc je tenais le coup. J’allais dans des bistrots de campagne vendre des produits à des barmans qui n’avaient pas les fonds. Je tenais tout juste mes objectifs (très ambitieux).

En 2020, j’ai changé de poste. Ca m’a redonné un peu de motivation. Mais 2 mois plus tard, on était confinés, et j’étais au chômage partiel. Je me suis remise à la photo. C’était ma passion au collège / lycée. En Ecole de commerce, où il y a une sorte de “lissage de personnalité”, j’avais abandonné. Je me suis créé un compte Insta, et j’ai trouvé une photographe qui proposait des formations. Mais je n’avais pas les fonds.


En juillet 2020, je reprends le boulot, et je poursuis la photo à côté. J’alimente mon compte Insta, et je recommence à prendre mon appareil photo partout. En octobre, autre confinement. Encore du chômage partiel, cette fois pour 8 mois. La photographe relance sa formation… le jour de mon anniversaire ! Je me suis dit : “Ok, tu t’offres ce truc.” Je me retrouve dans son parcours : elle était comptable, ça l’a rendue malade, elle a quit pour la photo.


J’ai le déclic, et je me mets à fond dans la photo. Je passe les mois de chômage partiel restant à bosser sur ce projet. J’avais une boule au ventre à l’idée de reprendre le travail. Je redoutais le jour où le gouvernement annoncerait la réouverture des bars ! Quand j’ai repris, je devais conduire jusqu’à 300 km par jour. Parfois, j’arrivais jusqu’à devant chez le client, mais je restais dans ma voiture tellement j’étais angoissée.

Je suis anxieuse toute la journée. Le seul moment où je suis bien, c’est quand je mange ma salade dans ma voiture, ou le soir. Mes objectifs n’étaient pas atteints. Mais je n’en avais rien à faire. J’ai quit à l’été 2021. Depuis septembre, je construis mon projet. Je veux travailler avec des marques éthiques, responsables, et françaises dans l’idéal, et me reconnaître dans les valeurs des marques. Je refuse de travailler avec des Zara ou H&M.

Je contacte aussi des mannequins ou agences pour des projets persos. J’ai photographié le backstage du clip d’une chanteuse, les cours d’une prof de yoga, des gens que je suivais sur Insta depuis des années… Quand ils te félicitent pour ton travail, la sensation est dingue. Je charbonne, et parfois je me dis “Wow, mais qu’est-ce que tu as fait !”. Mais je n’ai aucun regret. Je n’ai jamais été aussi heureuse en me levant le matin.


Je n’aurais jamais cru que je serais à mon compte. Je ne pensais pas que je serais cette personne. Je ne suis pas de nature rigoureuse, organisée ou perfectionniste. Et pourtant, aujourd’hui, je suis 10 fois plus carrée que ce que j’ai jamais été. Je crois en ce que je fais. Avant c’est juste que ça ne me plaisait pas, du coup je ne sortais pas de ma zone de confort. Aujourd’hui, j’ai fait des choses dont je ne me serais jamais crue capable.

Déranger, relancer, parler aux gens… ça ne me pose plus de problème. J’ai rencontré plein de gens intéressants, passionnés par leurs jobs, aux personnalités fascinantes. Je retrouve la personne que j’étais au Lycée : curieuse, créative… J’explore, je réfléchis à ce que je veux, je prends du recul. Maintenant que j’ai construit mon portfolio, je réfléchis à plus loin, et à ce que je veux construire. »