[#93] Marine - “I quit le nucléaire pour minimiser l’impact des entreprises sur l’Océan"


reconversion

« J’ai toujours aimé la biodiversité, et le lien au vivant que les animaux nous enseignent. Petite, je travaillais dans un élevage de chevaux. J’avais envie de devenir vétérinaire. Je suis entrée à l’Université d’Orsay, et j’ai passé le concours de véto en fin de L2, mais j’ai échoué. Pour ne pas redoubler, j’intègre un double cursus Biologie- chimie-organique et je retente les concours.


En fin de L3, je passe les concours des écoles d’agro. Je rejoins l’ISTOM, spécialisée dans les pays intertropicaux, avec un développement international, d’anciens élèves qui s’occupaient de restaurer des écosystèmes… Je fais des stages au Pérou, à Madagascar, au Soudan, au UK… En 2013, je débute un CDI en Champagne, en tant que Chef de projet client dans une entreprise de progiciels pour les coopératives et négoces agros / agris.

L’idée : mettre les nouvelles techno comme les drones et les apps mobiles au service de l’agriculture et de la terre. Mais j’ai rapidement explosé mes objectifs annuels. J’étais frustrée. J’ai quit. Je décroche un job d’Ingénieure d’affaires dans une société de prestations de services. C’est du chiffre, du chiffre, du chiffre. Après 6 semaines et 8 kilos de moins, je quit. Je rejoins une boîte de conseil en gestion de projets en banlieue.

Je monte sur une mission géniale dans une station de retraitement des déchets nucléaires à la Hague, puis je suis nommée Responsable process et méthodes pour un nouveau service à la Défense. Suite à ces deux missions, je rejoins alors ce client en tant que Responsable planning pour le projet du nouveau nucléaire France. On travaillait à 30, en mode startup. On était vraiment une bande de potes.


Notre objectif était de construire en 3 ans l’offre de proposition pour le nouveau nucléaire français en 2020. J’ai appris énormément sur la technique, le produit et surtout sur moi-même. J’ai managé des équipes multi-sites. Arrive le confinement : je réalise que je me lance dans une carrière dans le nucléaire : “est-ce que la direction que prend ma vie me convient ?” Je n’avais rien choisi, je n’avais fait que suivre les opportunités.


Je rejoins alors, à moitié par hasard, un cabinet de conseil en finance. Je ne compte pas mes heures, je dois me taire en réunion… J’avais l’impression d’avoir passé l’âge. J’ai quit. J’ai alors voulu entreprendre. Je me suis dit : “Qu’est-ce que je veux faire ? Quel est le problème qui va m’obséder, et que je chercherai à résoudre par tous les moyens ?”. Mon problème, c’est la protection de l’océan.

Je suis plongeuse, apnéiste, je suis à l’aise dans l’eau, je peux y rester des heures, rien ne me fait peur. Je suis fascinée par la résilience de l’océan, ce vivier de vie, son potentiel insoupçonné et méconnu, son énergie positive… J’ai fondé Sea Partners, une solution d’accompagnement pour aider les entreprises à minimiser leur impact sur l’océan. Je me suis formée en tant que consultante agréée au Label Océan Approuved auprès de la Fondation de la mer.

L’océan est un incroyable levier. On y puise les principaux actifs de la plupart de nos médicaments, et l’eau de manière générale peut soigner beaucoup de maux. Il nous a aussi appris beaucoup sur le fonctionnement des neurones. La pêche industrielle telle qu’elle est principalement réalisée est complètement destructrice. 90% des télécommunications et du transport maritime passent par les océans et causent d’immenses dégâts.


Quand tu regardes une visualisation scientifique d’une zone où le trafic maritime est vraiment fort, la baleine à côté des bateaux est complètement déroutée. De plus en plus de personnes, associations et entreprises s’engagent pour l’océan et sa protection. Mais elles sont en compétition avec l’industrie conventionnelle. Je veux créer un écosystème d’acteurs engagés et respectueux des fonds marins.

Sea Partners considère l’océan comme un partenaire et non comme une ressource à exploiter. Ça change tout. Le tournant qui doit s’opérer va passer par les lois, les collectivités, les lobbies, les particuliers et les entreprises. Sous l’eau il suffit souvent de ne rien faire pour que la vie reprenne le dessus. On a besoin de belles histoires, d’optimisme. Je pense que l’océan recèle de ces histoires qui ne demandent qu’à être écrites. »