[#94] Pierre - “I quit mon job d’ingénieur pour devenir cuisinier”


reconversion

« J’ai toujours été dans les premiers de classe. En Terminale, j’ai voulu faire du cinéma mais mes parents m’ont parlé de l’Ecole Louis Lumière et m’ont incité à faire une prépa pour y accéder. Après 2 ans de prépa, j’obtiens une bonne Ecole d’ingé d’aéronautique à Toulouse, et je ne me pose donc plus la question du cinéma. J’étais fondu dans le moule. En Ecole, je n’étais pas à ma place. J’ai adoré les assos, mais pas les cours, en décalage avec la crise climatique. J’ai appris la trompette, j’ai fait du sport, eu des expériences culturelles…

En césure, j’ai fait un stage dans une entreprise de formation qui donnait des cours de langue. C’était mon premier pas de sortie d’ingénieur. Ça me paraissait tellement naturel de ne pas faire quelque chose en lien avec l’ingénierie ! J’ai aussi réalisé que la vie de bureau derrière un ordi ne serait pas pour moi et j’ai aussi voyagé 6 mois à travers le monde.

En dernière année d’Ecole, j’ai commencé à m’interroger. J’ai dû choisir ma spécialité, et rien ne m’intéressait à part l’environnement. J’ai choisi la spé la plus chill (génie industriel) qui me permettait de me libérer du temps pour regarder des recettes de cuisine en cours. J’ai eu l’exemple de mon frère, qui a fait Sciences Po et qui a ensuite bossé dans des étoilés. Grâce à lui, je savais qu’il était possible de se reconvertir.


Je fais mon stage de fin d’études chez EDF, dans les énergies renouvelables. J’en avais besoin pour valider mon Ecole. En parallèle, j’ai suivi une formation incroyable aux enjeux de la transition (le T-campus). C’était 2 mois intensifs, pendant lesquels des intervenants te parlent d’écologie, de sociologie, d’agriculture, de management responsable… J’ai adoré, et surtout compris qu’il ne faut pas attendre 40 ans pour choisir sa vie.

Fin 2019, mon stage se termine. Ils me proposent un CDI, je refuse. Ils me proposent alors un CDD à mi-temps. En parallèle, via mon frère, j’ai eu un contact pour un resto qui me proposait un poste. J’ai beaucoup hésité, mais j’ai choisi d’accepter le CDD chez EDF. J’ai eu le nez creux, car le covid est arrivé et les restos ont fermé. J’ai pu prendre mon temps pour apprendre à cuisiner chez moi. J’ai accepté de renouveler mon contrat suite à la deuxième vague.

Peu après, j’ai eu mon CAP en candidat libre. EDF m’a proposé une troisième fois de prolonger mon CDD, mais cette fois, j’ai quit. J’ai alors fait plusieurs stages dans des restos parisiens aux produits éco-responsables. Lors de mon premier stage, ça a été une claque de voir ce monde de l’intérieur. J’ai découvert l’ambiance en cuisine, qui est très spéciale. Je me suis dit : “Whaou, qu’est-ce que je fous là”. Mais par passion, j’ai continué.


Mon deuxième stage était dans un resto gastronomi possédant le label Ecotable (un label écolo zéro déchet, produits bios, etc.), Anona. Je me suis éclaté. En plus c’était la période Covid où il n’y avait pas de service du soir, donc j’avais des horaires confortables. Mon troisième stage était dans un resto bistrot. J’ai beaucoup galéré, notamment compte tenu du manque du personnel, fléau dans la restauration. Mais j’ai beaucoup appris.


A la rentrée 2021, j’ai obtenu mon premier CDI, chez Anona. Je bossais de 8h à 23h avec 45 minutes de pause déj. Il y a un décalage entre ce que les gens pensent que la restauration est, et ce qu’elle est vraiment. C’était la cata humainement. J’ai quit. Je me suis promis de ne plus rogner sur mon équilibre. Les jobs passion c’est bien, mais ça peut coûter cher. J’ai cherché dans des restos à la cuisine moins élaborée mais qui me convenaient mieux.

En novembre 2021, j’ai rejoint l’équipe des Marmites volantes, des restaurants proposant de la cuisine bio, de saison, zéro déchet, prônant la mobilité douce et l’engagement social… Exactement mes valeurs ! Je travaille dans la cafétéria des Arts décos, tous les midis de la semaine. Jusqu’à juillet 2022, on était deux. En juillet 2022, ma cheffe est partie, et j’ai pris sa place. Devenir chef m’a sorti de ma zone de confort !

Les menus changent tous les jours. Je peux choisir mes légumes bios et de saison, locaux, je livre à vélo l’académie du Climat et propose une offre à 80% végétarienne… J’ai une telle liberté de cuisine. Je m’éclate ! J’ai pu me faire mon expérience. Aujourd’hui, je dis “je suis cuisinier" et non plus “je suis ancien ingénieur reconverti”. Je me sens légitime. À aucune seconde je n’ai regretté mon choix, ni la vie de bureau ! »