[#97] “I quit mon job de Directrice RH pour devenir maquilleuse professionnelle”


reconversion

« J’ai fait 5 ans d’études en LEA. Mon premier stage, chez Mars, en RH, m’a donné envie de faire un Master en RH. J’avais envie d’avoir une valeur ajoutée pour les employés, qui sont la base d’une boîte. J’ai rejoint General Electrics, d’abord dans leur division services financiers, où je recrutais les stagiaires, puis en Espagne, en tant que Responsable RH Junior. En 2007, on part à Dubai avec mon mari. Je rejoins un groupe de com et pub, en recrutement.


À Dubaï, tu es exposé à plein de cultures : j’ai travaillé avec des Libanais, Jordaniens, Saoudiens, Sud Africains, Australiens, Indiens, Sri Lankais, Pakistanais... Mais ça n’avance pas assez vite. Je quit. Je rejoins une boîte de voyages en tant que Responsable RH. Je développe, je mets en place des process… Un jour, mon boss m’annonce l’arrivée d’une private equity qui entre au capital. J’ai passé 2 ans à travailler sur les due diligence. C’était passionnant.

Mais la pression était énorme. C’est là où j’ai perdu pied. Je n’avais ni assez de support de mon boss, ni les bonnes compétences dans mon équipe. J’étais la première le matin, la dernière le soir. Je travaillais parfois 15h par jour. J’étais cramée. En plein congé mat, on m’appelle pour m’incendier au sujet de problèmes de recrutements dont je n’étais pas responsable. Je travaille sur Excel et PPT, entre biberons et crises de larmes.

A peine de retour, on me demande de me rendre aux Philippines pour 2 semaines. Mon bébé n’avait que 2 mois… J’hésite, mais la pression me fait céder. Je bossais 20h par jour, et dormais 3h par nuit. Ma soeur me rend visite à Dubai, et je pose deux minis congés. Mon message d’absence est clair : “Je ne suis pas joignable du tout”. Mon boss m’incendie : “What are you thinking ?! Tes équipes sont perdues ! Tu es irresponsable !”.


De retour, je mettais 1h à comprendre un mail et mes formules Excel ne voulaient plus rien dire. A la maison, je tremblais et pleurais, et le matin, tel un zombie, impossible de me lever. Grosse descente aux enfers. Mon manager me harcèle moralement. Un jour, je pars à 17h30 pour un spectacle de mon fils, et me fait réprimander par son assistante. Pourtant personne ne me félicite quand j’arrive à l’aube ou pars à minuit.

J’arrive au spectacle de mon fils en pleurant… En sortant, je prends mon téléphone et je quit. Si je n’avais pas pris cette décision, je suis convaincue que j’aurais fini par attraper une maladie mortelle. Pendant mon congé mat, j’avais regardé des vidéos sur le maquillage. J’étais devenue addict. J’ai acheté du maquillage, fait des looks sur moi… puis sur mes copines. J’adorais ça. Lors d’un mariage, j’ai alors décidé de maquiller plusieurs filles.

Elles ont adoré le résultat, et j’ai adoré le faire ! Mon sang était en ébullition, je vibrais. A la rentrée, j’ai fait une formation intensive de maquilleuse professionnelle de 6 semaines. J’ai maquillé les femmes de l’équipe exécutive de Piaget (groupe Richemont) lors du festival international du film à Dubai, et quelques mois plus tard à l’Art Dubai (un festival d’art contemporain). Elles m’ont alors recommandée à Cartier.


Pour eux, j’ai monté une équipe make-up artist et coiffeurs pour leurs invités VIP et célébrités. J’ai maquillée la Catherine Deneuve égyptienne ! J’ai aussi maquillé la CEO Monde de Jaeger-Lecoultre, des princesses saoudiennes, des clientes privées, des VIPs pour des marques… Aujourd’hui, je travaille aussi beaucoup avec les mariées. En parallèle, j’ai été Beauty Expert pour une plateforme de mariage en ligne pendant presque 2 ans.


J’écrivais des articles conseil beauté pour les mariés. Je suis aussi Editrice beauté pour une nouvelle plateforme créée par une Emirati : Unfiltered. Et surtout, j’ai monté mon propre podcast “Beauty s’il vous plait”, pour donner mon point de vue de la beauté, extérieure et intérieure.


J’y parle de la gestion de ses émotions pour perdre du poids avec une coach qui a perdu 65 kg, de comment se sentir bien en vieillissant avec une mannequin de 58 ans qui s’est lancée dans le métier à 53 ans, des ingrédients qu’on trouve dans les produits de beauté, du skincare pour hommes, des déséquilibres hormonaux des femmes et de comment le gérer en tant qu’homme…

En tant que DRH, je voulais être au service des autres. Quand je maquille une fille et que je la vois sourire face à son reflet, les yeux brillants, je me dis : “Objectif atteint : je l’ai rendue heureuse”. »