[#98] “I quit l’idée d’une carrière en économie pour devenir jardinier animateur”


reconversion

« J’ai toujours été attiré par plein de domaines. A la base, je voulais être architecte, donc j’ai fait un Bac S. Je veux mieux comprendre le monde, mon meilleur ami me suggère d’aller en fac d’éco. Je l’écoute, et je pars étudier à Rennes. Mais je suis déçu par le côté “hors-sol”. A la fin de ma licence, j’ai l’impression de n’avoir aucune réelle compétence, ni expertise, ni compréhension précise des rouages des sociétés humaines.


Je sens que quelque chose ne tourne pas rond. Je réalise que l'argent n’est plus un moyen mais la fin, que l’économie néolibérale est aveugle sur la question des ressources, du climat, de la biodiversité, de l'énergie, des inégalités, de la durabilité... Je pars en Erasmus en Finlande, puis je voyage pendant 4 ans. Je ne vais à la fac que pour les partiels. Je pars à Copenhague pour me spécialiser dans le développement des pays du sud.

Mais aucun cours sur le climat, les énergies fossiles, la biodiversité… On parlait d'optimisation des chaînes de valeurs, de privatisation, de concurrence… Il y avait une mauvaise compréhension des problématiques et donc les réponses apportées étaient complètement à côté des enjeux du siècle. Le décalage entre l'état du monde et les solutions proposées me font ressentir un profond malaise.

En 2018, je pars en échange universitaire en Inde pendant 4 mois. Je suis frappé par tant de contrastes, ce qui accélère plusieurs prises de conscience. L’envie de changer de voie commence à naître en moi, et je me fais d’ailleurs mon premier tatouage, une petite feuille verte. En février 2020, je m’inscris au T-campus, une formation aux enjeux écologiques au Campus de la transition. L'expérience de groupe est assez transformatrice.


C’est à partir de ce moment que j’ai arrêté de me sentir seul ou illégitime. J’aime beaucoup cette citation de Jiddu Krishnamurti : "ce n'est pas un signe de bonne santé mentale d'être bien adapté à une société malade.” Suite à cette formation, j’ai décidé de m'inscrire à un cours certifié en permaculture. Et là, j’ai réalisé quelque chose de très fort sur le “sens” que je voulais donner à ma vie.


En fait, je ne m’étais jamais posé la question du “sens” autrement qu’à l'échelle de ma propre personne. Je n’avais jamais pris en compte mes origines, ou les générations futures. Ça m’a donné une sensation de vertige. Du coup, j’ai passé des nuits entières à faire mon arbre généalogique. Je suis remonté très loin et j'ai découvert que j'avais un héritage majoritairement paysan, en Bretagne et en Corse.


En plus, tous mes ancêtres se sont rencontrés, se sont mariés, ont travaillé la terre et sont morts à l’endroit de leur naissance, ou dans les alentours. Je suis la première génération à pouvoir bouger, découvrir le monde et expérimenter autant. Ça m'a motivé à déterminer les valeurs que je voulais mettre au cœur de ma vie : durabilité, résilience, vivre ensemble, soin, collectif… J’ai envie de créer des espaces de vie beaux et durables.

Après des passages en woofing, dans des lieux alternatifs et des ZAD, je vois une offre de service civique d'animation en agroécologie en Ardèche. J’apprends à animer autour du jardinage naturel, mais je fais un bore-out. Je quit. Depuis mai 2022 je suis jardinier animateur à Paris, dans une entreprise en agriculture urbaine qui propose des animations jardinage pour les salariés au sein de potagers d’entreprises.

Ce métier a plus de sens que ce que je faisais avant, c’est sur. Mais je sens que je peux me sentir plus utile en aidant les autres. Je suis attiré par l’hortithérapie, le soin par le jardinage. C’est assez efficace contre la dépression, la solitude, Alzheimer... Quand on jardine, il y a une petite bactérie qui va sous les ongles et booste naturellement la sérotonine, l’hormone de l’humeur, et puis le fait d'être dehors, en groupe, c'est toujours bon pour le moral.

Je veux continuer à expérimenter autour du vivant, qui est une des clés pour changer son rapport à soi et aux autres, et son regard sur la vie. Dans ce monde d'incertitudes, je suis certain qu’il nous faut des espaces sécurisants et humanistes pour accueillir les gens peu importe leurs bagages. Je rêve de cet endroit bucolique qui permette de vivre ensemble en harmonie. Mais avant, j'aimerais bien faire un tour du monde… sans avion ! »