Lecture [#7] - Lâchez-nous l'utérus, de Fiona Schmidt

"Tant que l’on considèrera que la maternité n’est pas une option mais une preuve de la féminité, tant que la parentalité restera d’abord une affaire de femmes, donc que c’est à elles de concilier leurs douze journées, les inégalités persisteront, non seulement entre les femmes et les hommes, mais aussi et avant tout entre les femmes."


Dans Lâchez-nous l'utérus, Fiona Schmidt déconstruit les injonctions que subissent les mères depuis toujours. Créatrice de l'Instagram @bordel.de.mères (qui dénonce la charge mentale maternelle), elle s'est nourrie entre autres des témoignages qu'elle a reçus en ligne.


Extraits :


« Pourquoi le souhait d’une femme de pas avoir d’enfant est-il considéré comme “contre nature” (...) ? Pourquoi l’infertilité volontaire est-elle considérée comme moins “naturelle” que le recours à la PMA ? Y aurait-il donc des natures plus naturelles (...) ? Et qui joue l’arbitre ? »


« Il ne s’agit pas de nier la spontanéité du désir d’enfant, mais seulement de relativiser l’universalité qu’on lui prête : en réalité, sur 150 millions d’enfants qui naissent chaque année dans le monde, les enfants du désir constituent une minorité - celle des sociétés privilégiées que ces mêmes sociétés privilégiées ont elles-mêmes érigé et représenté comme étant la norme et la conséquence d’un élan naturel. »


« Le désir d’être mère (...) peut être ancré depuis l’enfance ou surgir subitement à la faveur d’un événement ou d’une rencontre, il peut être précoce ou tardif, subtil ou viscéral, il peut flotter à la surface de l’esprit ou ronger le ventre (...), il peut surgir d’une volonté de prolonger l’enfance ou de réparer la sienne, de changer de vie ou de suivre un parcours “logique”, de “donner” un enfant à son ou sa amoureux.se ou de faire un enfant rien qu’à soi, d’ajouter un membre à une famille adorée ou fonder son propre clan en marge de celui qu’on a dû subir...»


« Y a-t-il un besoin d’enfant afin de juguler les quatre angoisses inhérentes à tout être humain selon la conception bouddhiste de la vie : l’angoisse d’être né, l’angoisse de vieillir, l’angoisse de tomber malade, et finalement l’angoisse de mourir ? »


« Si les métiers majoritairement féminins sont pour la plupart déconsidérés (...) c’est parce qu’ils sont réputés faire à appel à des qualités innées (...) et donc être plus “faciles” que ceux qui nécessitent d’acquérir des savoirs techniques comme ceux des hommes. »


« Aux parents d’apprendre à leurs filles qu’elles naissent complètes et suffisantes, que leur avenir dépend d’abord d’elles-mêmes et pas d’un homme, que la maternité est une option mais pas une condition de la féminité. »


« La plupart du temps, les relations entre femmes sont décrites sous le prisme de la rivalité, généralement pour obtenir l’attention des hommes, précisément parce que leur vie est censée tourner autour d’eux et dépendre d’eux. »