Lecture [#8] - La comédie (in)humaine, de Nicolas Bouzou et Julia de Funès

"Pourquoi le management vire-til souvent à la tragi-comédie ? Pourquoi les entreprises s'évertuent-elles à bâtir des organisations qui font fuir les meilleurs alors que leur principal objectif devrait être d'attirer les talents ? (...) Ce n'est pas avec des babyfoots, des formations ludiques, des docs PowerPoint à n'en plus finir ou des Chief Happiness Officers que l'entreprise de demain sera le lieu de l'innovation, de la performance et du progrès !"


Julia de Funès est Docteur en philo et diplômée de RH, et est notamment l'auteure de Socrate aux pays des process. Nicolas Bouzou est l'auteur d'une dizaine de livres, dont Le travail est l'avenir de l'Homme.


La comédie inhumaine

Extraits :


« Bien souvent, ni les dirigeants ni les managers ne sont capables d’expliquer le projet de l’entreprise. Au mieux évoque-t-on parfois la nécessité de “mieux répondre aux attentes du client”. Le sens reste opaque, l’innovation “définalisée”. »


« Les entreprises doivent attirer de l’argent et de l’intelligence. Or les process chronophormisent l’intelligence, les présentations PowerPoint la tarissent et les réunions inutiles gaspillent l’argent. Un baby-foot ou des brainstormings n’arrangent rien. »


« Les managers exhortent les salariés à innover, à être autonomes voire audacieux. Mais en pratique, les collaborateurs sont aux prises avec des managers, des process et des réunions qui les empêchent, justement, de faire preuve d’autonomie (...). »


« La démagogie qui, depuis quelques années, entoure le management, à renforts de brainstormings et de concepts creux comme celui de l’intelligence collective n’arrange rien, au contraire. »


« Les entreprises doivent valoriser l’intelligence, le courage alors que les comportements lâches sont légion et que les équipes sont apeurées. Les salariés ont besoin d’autonomie, de franchise et de sens, pas de bons sentiments, de novlangue et de jeux récréatifs. »


« Si, dès lundi prochain, vous divisez par deux le nombre de réunions hebdomadaires, pensez-vous que votre entreprise s’en portera plus mal ? Evidemment non. (...). Plus de 60% des entreprises souffrent d’un excès de réunions et moins de 15% d’une insuffisance. »


« L’Homme peut désormais concentrer son énergie dans trois directions. 1. Créer de la technologie. 2. Coopérer avec la technologie. 3. Faire ce dont la technologie est incapable. Ce sont ces compétences que les ressources humaines doivent valoriser. »


« Nous avons croisé des managers qui ne disaient pas bonjour aux personnes qu’ils rencontraient dans leur entreprise, visiblement trop absorbés par une réflexion de haute volée (...). Ne pas dire bonjour à un collaborateur, c’est le considérer comme un objet. »


« Le contrôle est une machinerie à faire fuir les meilleurs. Nous nous sommes rendus dans le siège parisien de l’un des plus grands cabinets de conseil (...) où les consultants devaient pointer lors de sorties dans la journée, pour déjeuner ou faire une course. »


« Les salariés sont contraints de faire converger leurs comportements et leurs apparences, y compris vestimentaires (...). Cette sanction normalisatrice peut étouffer les collaborateurs et diminuer leur capacité à créer (...) et tout simplement à agir. »


« Les salariés doivent être conscients des objectifs collectifs stratégiques et des contraintes corrélatives. Pour le reste, il faut les laisser s’organiser et ne pas ajouter des contraintes inutiles à celles qui sont inhérentes au projet de l’entreprise. »


« Le management traditionnel et paternaliste est fondé sur un précepte : les individus préféreraient ne pas travailler. Il présuppose une flemmardise consubstantielle à l’homme. »


« Bien des entreprises bâtissent des systèmes qui n’encouragent pas le travail. Il suffit de penser aux réunions inutiles et aux (trop) nombreux séminaires (...) durant lesquels les salariés (...) font du design thinking, de la pâte à modeler ou des maquettes d’allumettes (...). »


« Et pourtant personne ne repartira [de ces séminaires] plus heureux. (...). Les héritiers de grandes fortunes sont moins heureux que ceux qui s’enrichissent grâce au travail. L’entreprise est le lieu du travail et ne doit pas se considérer autrement. »


« Certains process sont nécessaires. Ce n’est pas la règle elle-même qui est mauvaise, mais sa prolifération (...). Dépasser signifie penser ce que l’on est censé appliquer, et n’agir que si l’action a un sens. Pour cela, l’esprit doit être premier, le process second et non l’inverse. »


« Le mot burn-out est trop sensible (...) mieux vaut ne pas prononcer la chose”. Nous avons là un exemple magistral d’une confusion entre les mots et les choses. (...) On se pare de mots, on en enlève certains, comme si l’emploi du vocabulaire transformait la réalité (...). »


« L’entreprise est le lieu de l’effort, du travail, de l’investissement, du risque mais pas du bonheur. (...) C’est cette contradiction fondamentale qui explique que cette obsession du bonheur en entreprise sonne faux, comme un décor en carton pâte. »


« Faisons-tout pour que les salariés trouvent sens (...), ils se sentiront d’autant plus joyeux. Le travail doit pouvoir être une cause de joie. Si cela contribue au bonheur, tant mieux. Soutenir que le bonheur constitue une condition pour bien travailler relève d’une tyrannie inefficace. »


« Nous connaissons une ancienne banquière devenue vitrailliste… Trop déconnectée de la matière, incapable de percevoir sa contribution à la construction du monde, loin de s’accomplir dans ses fonctions de services, elle a éprouvé le besoin de revenir (...) à l’artisanat. »


« C’est l’impossibilité de voir comment leur travail transforme le monde qui dévitalise les collaborateurs et génère des maladies professionnelles comme les brown-out. (...) Le collaborateur est réduit (...) à un vivant qui travaille pour subvenir à ses besoins. »


« Donnez de l’autonomie aux salariés, vous serez surpris ! L’Homme est fait pour être libre et la confiance est un excellent régulateur. A y regarder de prêt, c’est la confiance qui nous permet de vivre en société. (...) Quand vous vous faites opérer, vous faites confiance au chirurgien (...). »


« “Nous n’avons pas confiance en vous, vous êtes naturellement paresseux, vous ne pouvez pas être autonomes, vous ne pouvez travailler que contraints et forcés (...).” Voilà comment les entreprises font partir les meilleurs. »


« Devenir manager constitue, dans beaucoup d’entreprises, une promotion. Or les personnes choisies ne sont pas toujours les plus adaptées pour manager. Cette automatisme des promotions aboutit à des situations absurdes (...). »


« Les gens brillants ne demandent pas à travailler peur mais à être autonomes. (...) Les entreprises doivent donc faire en sortent que le plus grand nombre possible d’employés ne soit pas concerné par le contrôle uniquement quantitatif du temps de travail. »


« Oublions les PowerPoint, ils sont nocifs et détruisent la productivité des entreprises. La vie économique ne se réduira jamais à des bullet points. »


« L’entreprise est le lieu du travail et de l’action efficace. Intégrer les activités sportives et ludiques dans les séminaires génère des monstruosités contre-nature. »


« Depuis la nuit des temps, les individus les plus motivés ne recherchent pas les artifices, les faux-semblants, les comédies. Ils recherchent les moyens de réaliser des choses utiles et véritables, dans des environnements motivants. »